Camille CERF

(Arlon, 1862-Paris, 1936)

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© col. Jean-Claude Seguin Vergara  

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Jean-Claude SEGUIN VERGARA

Camille Cerf, fils de Marc Cerf (-≤1898) et d'Isaac Salomon Touppe, naît à Arlon (Belgique) le 31 janvier 1862. Frère de Jules et Camille (-[03]/10/1917). Il épouse Hélène Aimée Émilie Helbronner (Paris, 08/02/1878-), le 3 juillet 1898, à Paris 10e. Il a une fille, Colette Cerf (04/07/1898-). Il décède à Paris (8e) le 8 janvier 1936.

Camille Cerf s'installe en France, à Paris, en 1878.  Dès 1886, il édite de la musique (Angoulême, valse, 1886) et des ouvrages d'art. Il développe également une activité de journaliste et tient la rubrique "À travers les livres" (1892) de La Revue mondaine illustrée. Ces activités lui valent d'être nommé Officier d'Académie (1888), pour "l'intelligente et laborieuse initiative avec laquelle il a travaillé à la vulgarisation des oeuvres littéraires et musicales." (La Justice, Paris, 5 janvier 1888, p. 2). On lui connaît des activités dans la loge maçonnique La Fraternité des Peuples dont il est secrétaire (≤ 1887).

Le couronnement du Tsar Nicolas II (26 mai 1896)

Il est probable que son intérêt pour le cinématographe soit lié aux premières projections organisées à Paris par la maison Lumière, à la fin du mois de décembre 1895. Il devient vite une figure clé dans la diffusion de l'invention des frères Lumière. Il a pour rôle, en particulier, de mettre en place les concessions pour la Pologne et pour la Russie, mais cela est plus facile à décider qu'à réaliser. Il peut compter sur Francis Doublier pour lequel il organise un itinéraire qui va le conduire en Russie :

Young Doublier was given an itinerary that was made up as fast as Cerf, of Le Figaro, could contact concessionaires.
[...]
Setting up a show shop first in Amsterdam, Doublier was sent a substitute to carry on, while he went on to Munich and Berlin. After establishing shows there, he was ordered on to Warsaw and, in May, to St Petersburg and Moscow, to await Charles Moisson, chief engineer of the Lumiere plant, who was to film the coronation of Tsar Nikolai II. No one yet had bought the demonstration concession for Russia.


Jay Leyda, Kino A History of Russian and Soviet Film, Liverpool/London/Prescot, Cl Tinling & Co1960, p. 18.

Ainsi, dans les premiers jours du mois de mai, une équipe se met en place, à Moscou, pour le tournage du couronnement du tsar Nicolas. C'est bien Camille Cerf le principal responsable des opérations et, à ce titre, il transmet un courrier (16 mai 1896, calendrier grégorien)  afin de pouvoir assister à l'évémenent avec son équipe :

À son excellence
Monsieur le Comte Woronstow-Daschkow Ministre de la Cour
Excellence
J'ai l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance l'autorisation d'être admis à toutes les cérémonies du couronnement et des fêtes en l'honneur de leurs Majestés en qualité de correspondant.
La mission qui m'a été confiée et toute l'importance n'a pas échappé à son excellence Monsieur le Comte de Montebello qui a bien voulu intervenir en ma faveur, me fait espérer, Excellence, que vous acceuillerez favorablement la visite d'un grand ami de la Russie, qui dans de nombreuses occasions a manifesté publiquement en France, des sentiments à l'égard de votre grande Nation.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, de mon entier dévouement et à l'assurance de mon profond respect.
Camille Cerf, officier d'Académie,
Directeur du Cinématographe-Lumière,
demeurant à Paris, 9 rue du Helder et
à Moscou Pulianka dom Scherbaieff.


Courrier transcrit dans Raschit M. Yangirov, "The Lumiere brothers in Russia : 1896, the year of glory" dans Philippe Dujardin, André Gardies, Jacques Gerstenkorn, Jean-Claude Seguin, L'aventure du cinématographe, Lyon, Aléas, 1999, p. 193.

Le "Directeur du Cinématographe" reçoit quelques jours après une lettre (20 mai 1896) qui l'autorise à assister avec ses collaborateurs, Charles Moisson, Guix et Vicenseni, au couronnement : 

Ambassade de la République française St. Petersbourg
8 mai 1896
Monsieur le Gérant
Votre Excellence a bien voulu accorder à M. Cerf toutes les facilités nécessaires à l'exécution des photographies qu'il a l'intention de faire pendant la durée des fêtes du Couronnement.
Je vous serais également très reconnaissant de bien vouloir permettre à M. Moisson, M. Guix et M. Vicenseni, qui doivent accompagner M. Cerf et son Excellence, de circuler librement avec leurs appareils de photographie.
Agréez, Monsieur le Gérant, les assurances de ma haute considération.
Monsieur Krivenko
Gérant de la Chancellerie et Ministre de la Cour.


Ibid.

Une chose quelque peu étrange, c'est l'absence de Francis Doublier dans ce courrier. En effet, si l'on en croit ses déclarations, il est à Moscou pour l'événement et il aurait même tourné des films : " Le sacre du tzar Nicolas II, le premier film d'actualité du monde ! Et j'ai tourné ce film, le 28 mai 1896, à Moscou. " (Paul Gilson, "J'ai tourné la manivelle ce 28 décembre 1895 au Grand Café", L'Écran français, Paris, nº 25, Noël 1945). La date tardive de ces déclarations, après le décès, en 1943, de Charles Moisson et les imprécisions qui émaillent les souvenirs de Francis Doublier nous conduisent à une certaine prudence. Sans remettre en doute la présence effective de Francis Doublier, son rôle réel au cours de ces journées reste à préciser.

Toujours est-il que l'événement est de taille, d'autant plus qu'une bonne partie de la diplomatie européenne repose sur l'alliance franco-russe, et les Lumière ont envoyé leur meilleur mécanicien, celui qui a mis au point le prototype du cinématographe, Charles Moisson. Le sacre a lieu 26 mai. Le catalogue Lumière propose ainsi une série de vues sur le Couronnement du tsar Nicolas II à Moscou. Il s'agit là du premier grand reportage dont les cinématographes, et pas seulement celui des Lyonnais, vont rendre compte. Sans doute afin de relever l'équipe en place, et tout particulièrement Charles Moisson appelé à retourner à Lyon après un court séjour en Autriche-Hongrie, c'est une nouvelle équipe qui se met en place avec Marius Chapuis, Curtillet et Mathieu et que Camille Cerf croise à Varsovie. De façon lapidaire, Marius Chapuis laisse bien entendre les difficultés que rencontre Camille Cerf pour trouver un concessionaire :

Nous avons vu M. Cerf mercredi 10 juin-30 mai matin, il voit qu'il est impossible d'installer les postes dans cette ville, il nous fait partir le soir même pour Pétersbourg, nous nous embarquons le 10 juin-30 mai à 6 h du soir. 24 h de chemin de fer.


Marius Chapuis, Carnet de voyage en Russie, 1896-1897 (Fonds Génard)

Ce que confirme par ailleurs Jay Leyda, lorsqu'il écrit : " No one yet had bought the demonstration concession for Russia. " (Jay Leyda, op. cit., p. 18). Alors qu'il laisse la nouvelle équipe partir pour Saint-Pétersbourg, Camille Cerf rentre à Paris avec l'intention de tirer avantage des vues qui vont lui parvenir bientôt de Lyon. À trois reprises au moins, il va les présenter dans la capitale quelques jours plus tard. C'est d'abord dans les locaux du Figaro qu'il organise cette grande première comme le rapporte le journal : 

Le tsar à Paris
Les Parisiens n'avaient eu jusqu'ici, pour les renseigner sur les prodigieux spectacles qu'offrit, le mois dernier, Moscou à ses visiteurs, que les descriptions forcément un peu hâtives du journal et de l'image. Ils ont depuis hier mieux que cela : ils ont la vie même de ces événements présente à leurs yeux.
C'est au cinématographe, comme on l'a déjà deviné, que nous devons ces prodiges. Un de nos confrères, M. C. Cerf, installé à Moscou pendant les dernières fêtes du Couronnement, a eu la très heureuse idée - d’accord avec MM. Lumière - "d’enregistrer”, sur le passage des cortèges, ou en présence des scènes multiples de plein air dont il a été témoin, une série d’instantanés du plus curieux caractère, et qui, grâce au génial procédé de la reproduction cinématographique, recréent devant nous le mouvement, la vie de ces épisodes inoubliables.
MM. Lumière avaient bien voulu offrir au Figaro la primeur de cette extraordinaire exhibition. C'est donc au Figaro même, dans notre petit salon du premier étage, aménagé en chambre obscure, que s'est hier accompli, devant une quarantaine de spectateurs émerveillés, le défilé vivant des scènes rapportées de Moscou sur trois ou quatre kilomètres de rubans de papier...
La présentation de ces documents nous était faite par M. C. Cerf, obligeamment assisté de M. Gabriel Veyre, opérateur. Dix-huit projections se sont succédé sur la toile de fond, parmi les frénétiques applaudissements d'une assistance où figuraient, à côté des rédacteurs du Figaro, une vingtaine d'invités à peine : la mission japonaise, ayant à sa tête S.A.I. le prince Fushimi, qu'accompagnaient le marquis Tokugawa, grand maître des cérémonies ; le comte Hishamatsu, aide de camp, et le capitaine de Labry ; plusieurs membres de l'ambassade et du consultat de Russie, et quelques officiers français - dont plusieurs eurent l'amusement de se reconnaître eux-mêmes au nombre des personnages que le cinématographe faisait défiler devant nous !
Les instantanés du Couronnement nous montrent l’agitation amusante du peuple dans les rues, le va-et-vient des soldats, des badauds en promenade autour de la fameuse cloche et du canon légendaire du Kremlin ; le défilé du personnel de l’ambassade de France et de la Mission, quittant le palais Cheremetiew pour se rendre aux cérémonies.
Puis ce sont les scènes de procession, l’arrivée de la famille impériale dans Moscou, un défilé de cosaques, de délégations asiatiques - un musée d’ethnographie en marche ! - puis une revue passée par les souverains.
Et de tout cela, pas un détail n'est perdu : le soleil brûle, allonge les ombres sur le sol blanc, fait miroiter l'acier des armes ; la brise secoue les panaches des casques ; la poussière s'élève, en nuages diaphanes, sous le sabot des chevaux... on la touche, et on la sent.
Mais les scènes les plus impressionnantes sont celles qui précèdent et suivent le Sacre : le passage de l’Impératrice mère, le défilé des dames d’honneur se rendant à la cathédrale de l’Assomption ; ensuite le Tsar, passant à son tour, la Tsarine appuyée à son bras, tous deux répondant par de légers saluts de la tête aux acclamations de la foule ; et enfin, la cérémonie finie, les souverains, revêtus du manteau impérial, coiffés de la couronne souveraine - réapparaissant dans un défilé d’une solennelle majesté, puis gagnant l’immense dais à panaches qui s’ébranle doucement, et les ramène au palais, à travers une foule qu’on sent vivre, grouiller, frémir - dont l’intense émotion semble s’exprimer dans les mouvements mêmes de l’image.
Jamais la science ne nous aviat fait assister à plus prodigieuse féerie, et que voilà d'amusants trésors pour les historiens de l'avenir !
Émile Berr


Le Figaro, Paris, 25 juin 1896, p. 1.

Il est assisté de Gabriel Veyre. Camille Cerf présente à nouveau le "Cinématographe franco-russe" lors d'un banquet chez Marguery (Le Figaro, Paris, 29 juin 1896, p 4), mais c'est surtout le 11 juillet que le Belge offre un spectacle en présence de très nombreuses personnalités : 

Il y a eu hier une soirée au palais de l'Elysée, pour y applaudir le cinématographe représentant les scènes du couronnement du Tsar dont le Figaro a eu la primeur il y a deux semaines.
Tous les ministres étaient présents, ainsi qu'un certain nombre de membres du corps diplomatique, plusieurs membres de la mission extraordinaire envoyée aux fêtes  Moscou, quelques députés et de nombreux invités en tout, cent cinquante personnes environ. La séance a eu lieu dans la grande salle des fêtes, très joliment décorée. Les assistants ont été vivement impressionnés par les scènes grandioses et si pleines de mouvement et de vie qui ont défilé devant leurs yeux.
En sa qualité de député du Rhône, M. Fleury-Ravarin a présenté M. Lumière au Président de la République, qui a chaleureusement félicité l'inventeur du cinématographe.
Notre excellent confrère M. Camille Cerf, qui a apporté à Paris ces vues si curieuses retraçant les cérémonies splendides de Moscou, part aujourd'hui pour Saint-Pètersbourg afin de les présenter à LL. MM. l'empereur et l'impératrice de Russie.


Le Figaro, Paris, 11 juillet 1896, p. 1.

Camille Cerf retourne pendant quelques jours en Russie, au cours de la deuxième quinzaine de juillet afin de présenter les vues du couronnement au souverain, à sa famille et à toute l'aristocratie russe. C'est le 19 juillet que le tsar découvre pour la première fois les vues animées des fêtes organisées en son honneur ;

De Saint-Pétersbourg : L’empereur et l’impératrice de Russie, entourés de tous les membres de la famille impériale, ont beaucoup admiré la reproduction par le cinématographe de toutes les scènes de leur couronnement, scènes qui leur ont été présentées avant-hier soir, à Peterhof, par notre confrère M. Camille Cerf. Jeudi dernier, M. le comte de Montebello avait réuni tous les membres du corps diplomatique, quelques membres de la famille impériale, le prince Lobanoff, le général baron de Freedericksz, etc., pour les faire assister au défilé de ces scènes. La séance a eu un énorme succès.


Le Figaro, Paris, mercredi 22 juillet 1896, p. 1.

Le succès et l'intérêt du tsar Nicolas II pour le cinématographe est manifeste et Camille Cerf renouvelle l'expérience quelques jours plus tard au théâtre de Peterhof toujours devant une noble assemblée : 

La séance de cinématographie, donnée par M. Camille Cerf à l'empereur et à l'impératrice de Russie, au théâtre de Peterhof, a été très impressionnante. Leurs Majestés ont été tellement saisies de la reproduction vivante des scènes du couronnement que, deux jours après, elles ont chargé le comte de Benkendorff, grand maréchal de la Cour, de demander à M. Cerf d'organiser une nouvelle séance au palais de Peterhof, dans la salle Pierre-leGrand.
Le Tsar et la Tsarine assistaient à cette soirée avec l'Impératrice douairière, les grands-ducs Michel, Georges et Serge Mikhaïlovitch, les grandes-duchesses Xénia et Olga-Alexandrovna et la duchesse de Leuchtenberg.
Parmi les invités :

Prince Alexandre d'Oldenbourg, général Bibikoff, prince Jean Galitzine, comte Worontzoff-Dachkoff, comte Benkendorff, prince Poutiatine, les demoiselles d'honneur Barténieff, comtesse Coutousoff, Oseroff, princesse Obolensky, les généraux Richter, Gessé, le baron et Mme la baronne de Meyendorff, etc.
M. Cerf, qui a montré plus de quatre-vingts tableaux, a été vivement félicité par le Tsar et par l'Impératrice douairière.
Le lendemain, M. Cerf recevait une lettre du comte de Benkendorff lui annonçant que l'Empereur, en souvenir de la belle et intéressante soirée, lui envoyait un porte-cigare en or massif avec les armes impériales en brillants, et pour ses deux aides deux chronomètres en or ornés des armes impériales.


Le Figaro, Paris, 2 août 1896, p. 2.

On comprend bien que Camille Cerf s'est donné un objectif précis strictement lié à cet événement hors-norme sur lequel la planète entière est informée, par les journaux, les revues, mais aussi par le cinématographe qui propose ainsi son premier reportage de portée internationale. Pour lui, la boucle est ainsi bouclée, et, mettant un terme à ses activités de "Directeur du Cinématographe", en fait concessionnaire pour la Russie, il va céder sa place aux frères Yvan et Arthur Grünewaldt, au cours de l'été 1896 :

But the Cinematographe's success at the Fair and in the Palace had done its work, and in Paris Cerf was approached by the two Griinwald brothers, Ivan and Arthur, who wished to buy the Russian concession. Two mechanics were sent from Lyon to open the Moscow shop, and when Doublier finished in Schwerin, he was sent back in September to take technical charge in the new establishment.


Jay Leyda, op. cit., p. 21.

Responsable de la mise en place du système Lumière en Pologne et en Russie, Camille Cerf, grâce au retentissement du couronnement et des vues Lumière, parvient à "place" la concession russe, et ça n'est pas la moindre, ce qui ne l'écarte pas totalement du cinématographe.

Concessionnaire pour l'Argentine, le Chili et l'Uruguay (1896-1897)

Pourtant, il n'a pas que cette seule corde à son arc. Il est en effet également concessionnaire pour plusieurs pays d'Amérique du Sud, dès 1896, comme le signale les actes du procès intenté par Charles Étienne contre la Société Anonyme des Plaques et Papiers photographiques Lumière :

[le] sieur Cerf auquel la société avait concédé l'exploitation de son appareil le cinématographe pour différents pays de l'Amérique du Sud.


Archives Départementales du Rhône, 6 UP 1/1395, janvier-février 1898.

En réalité, Camille Cerf a délégué à la société Mallmann et Cie, la concession pour l'Argentine, le Chili et l'Uruguay. Avec la vente du cinématographe, à partir du 1er mai 1897, le système des concessions disparaît et marque aussi la fin des activités liées à la nouvelle invention de Cerf.

Après le cinématographe (1897-1936)

Dans les années suivantes, Camille Cerf oriente ses activités dans le domaine de la banque, il donne également de nombreuses conférences et continue ses activités de publiciste. Il est déjà l'ami de Georges Clémenceau qui est l'un des témoins de sa demande de naturalisation (24 janvier 1906) et qu'il accompagne en Amérique latine pour une série de conférences. Ils embarquent, le 22 juin 1910, à Gênes, à bord du Regina-Elena, pour Buenos Aires. Dans ses notes, Georges Clémenceau n'évoque qu'une fois la figure de Camille Cerf :

L'Orissa n'est pas un grand marcheur, mais iil tient bien la mer, et, quoique le confort y soit plutôt rudimentaire, vu l'ancienneté des installations, je trouvai dans la conversation de l'aimable capitaine, familier avec les choses de l'Inde, un des principaux agréments du vooyage. Une assez grosse mer, avec vent debout, nous retarda d'une journée, ce qui est assez notable pour une traversée dont la durée normale est de trois jours. Durement ballottés, les passagers font à la mer des concessions fâcheuses, tandis que Camille Cerf, mon bon compagnon de voyage qui aborda la forêt vierge dans l'unique dessein d'y faire une partie de poker, se montre intrépide marin.


Georges Clémenceau, Notes de voyage dans l'Amérique du sud : Argentine, Uruguay, Brésil, Paris, Hachette, p. 205.

À son retour, il participe à la fondation, en 1911, de l'Association Belge du Cinématographe, avec Martiz, Rodde, Lafontaine, Cadot et Bouqillon. Fondateur du Comité Franco-Belge, Camille Cerf va développer une intense activité au moment de la 1re Guerre Mondiale dont le Comité Franco-Italien pour lequel il est décoré :

Le roi d'Italie, sur proposition de M. Sonnino, ministre des affaires étrangères, vient de nommer M. Camille Cef officier de la Couronne d'Italie.
M. Cerf est, avec M. Stephen Pichon, l'un des fondateurs les plus actifs du comité France-Italie, dont il occupe la place de trésorier général.
Nous lui adresson nos felicitations les plus sincères, sûrs d'interpréter le sentiment des innombrables amis qu'il compte en Belgique, en France et en Italie.
Le gouvernement italien, par cette haute disttinction à notre éminent ami, a voulu marquer une fois de plus l'intérêt qu'il attache à l'oeuvre patiente et artive de rapprochement économique et politique entre les deux pays, que le comité France-Italie développe avec le plus grand succès depuis quatre ans.


Le Radical, Paris, 7 août 1915, p. 1.

Il part également en mission pour le gouvernement, en particulier en Espagne, où il demeure pendant de longs mois et d'où il repart en 1917 : 

M. Camille Cerf, persona muy conocida en París, que ha pasado una larga temporada en esta corte, dio ayer una comida de despedida en el Ritz, a la cual asistieron el general Denvignes, el marqués D'Aurel de Paladines, M. Sergent, gobernador del Banco de Francia; el Príncipe de Beauvau, M. Rollin y M. Hélouis, agregado á la embajada de Francia.


La Época, Madrid, 14 juin 1917, p. 2

C'est après la guerre qu'il est nommé Chevalier de la légion d'honneur (23 février 1921) et il devient l'un des gastronomes les plus en vue et les plus reconnus.

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"Le club des cent dans les vignes"
Comoedia, France, 30 septembre 1921, p. 1 

Vers la fin de sa vie, sa ville natale, Arlon, lui rend hommage en baptisant une place de son nom, qu'elle porte encore aujourd'hui :

La « place Camille-Cerf » est inaugurée à Arlon
Arlon, 22 septembre. — La ville d'Arlon. dans une cérémonie qui a pris les proportions d'une véritable manifestation patriotique, a inaugura aujourd'hui, au milieu aune affluence de trois mille personnes et en présence de notabilités belgroS, luxembourgeoises et françaises, la « place Camille-Cerf ».
M. Camille Cerf, bien connu dans les milieux politiques et artistiques de Paris, est un enfant d'Argon : depuis quarante ans, il n'a cessé de prodiguer à sa ville natale les bienfaits de sa générosité.
Aussi. M. Reuter, le bourgmestre de la ville, a-t-il tenu. dans une éloquente allocution, à énunrvérer les grande services rendus par son compatriote avant, pendant et après la grande guerre.
Vingt sociétés belges, musique en {ôt.e et bannières déployées, ainsi que des délégations des anciens combattants, des enfante des écoles et des hôpitaux, défilèrent sous les arcs de triomphe dont la ville était parée et saluèrent l'arrivée du bienfaiteur de la cité. - Celui-ci remercia en termes émus et prononça un discours en patois arlonnais, qui fut accueilli par des applaudissements frénétiques.
Apres la cérémonie, M. Camille Cerf.
suivu de toutes les personnalités présentes. se rendit sur la grande place où s'élève le mémorial inauguré le 24 août dernier à la métxoire des dix mille Français morts « pour la défense et l'honneur du peuple belge » et qui par leur héroïque résistance sous la conduite du général de Langle de Capy, tinrent en échec l'armée allemande lorS de l'envahissement de la Belgique.
Des gerbes de fleurs furent déposées au pied du mémorial pendant que l'Harmonie d'Arlon jouait la Brabançonne et la Marseillaise. La foule s'est séparée aux cris de : « Vive la France ! Vive la Belgique I » — (Radio.) 


Le Journal, Paris, 23 septembre 1930, p. 5.

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Camille Cerf entouré de sa famille
© col. Jean-Claude Seguin Vergara

Sur Camille Cerf, son petit-fils nous a transmis quelques souvenirs de ce qu'avait été ce bon vivant :

Souvenirs
Camille Cerf était au début des années 30 un homme d'affaires, vivant dans un milieu de bonne bourgeoisie israélite, assez opulent la plupart du temps, mais avec semble-t-il des revers de fortune intermittents, et sévères.
Un de ses traits dominants était son goût pour la bonne chère, qui pour moi se caractérisait de plusieurs façons.
1° Physiquement il était très corpulent ; il parlait parfois du "Club des Cent", dont il faisait partie ; selon les jours il disait qu'il avait pu y entrer parce qu’il pesait plus de 100 kilos, ou parce que sa voiture pouvait aller à plus de 100 km/heure.
2° Il déjeunait tous les jours de la semaine dans un des grands restaurants parisiens, Lasserre, Maxim's etc, mais son préféré était Lucas Carton, Place de la Madeleine. Repas d'affaires ou de gourmet ?
3° Presque tous les samedis il organisait chez lui un grand déjeuner, préparé selon ses instructions par une très bonne cuisinière, qui venait spécialement pour cela, et qui ne prenait ses ordres que de lui. Les convives habituels, au nombre de 12 à 16 provenaient d'un petit groupe, son "Académie", dont il était le "Tyran" proclamé ; (Il y avait d'autres officiers, aux noms suggestifs, mais que j'ai oubliés). Il y invitait souvent des hommes politiques, des artistes, des écrivains, mais l'assistance était uniquement masculine, ma grand'mère étant la seule femme admise à cette table. Mon père, son gendre, était parfois invité, et c'est lui qui m'a raconté quelques détails, et la succulence des mets.
4° Des vins exceptionnels accompagnaient toujours ces repas, et d'ailleurs Camille Cerf était propriétaire d'une grande parcelle du Clos Vougeot, et il allait souvent rendre visite à son maître de chais, avec qui notre famille a entretenu des relations jusque bien après la guerre.
Parmi ses amis figuraient :
-des hommes politiques, et notamment Georges Clémenceau, le général Massimy,
-des artistes et des mécènes, comme Gabriel Astruc qui, sauf erreur, fut à l'origine du Théâtre des Champs-Elysée, et joua un grand rôle dans l'introduction des Ballets Russes,
-des écrivains, Edmond Rostand, Romain Coolus, Tristan Bernard,
-des industriels, tels les Guimet de Lyon,
-des financiers.

Camille Cerf décède à Paris le 8 janvier 1936.

Bibliographie

Cerf Camille, Dossier "Légion d'honneur", Base Léonore, http://www.culture.gouv.fr/LH/LH202/PG/FRDAFAN84_O19800035v0906118.htm

Chapuis Marius, Carnet de voyage en Russie, 1896-1897 (Fonds Génard), retranscrit dans Rittaud-Huttinet Jacques, Le Cinéma des origines, Seyssel, Champ Vallon, 1985, p. 242-248.

Leyda Jay Kino A History of Russian and Soviet Film, Liverpool/London/Prescot, Cl Tinling & Co1960, p.

Remerciements

Nous tenons à remercier les descendants de Camille Cerf pour les informations et documents mis à notre disposition.

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