Charles Jules LÉPINE

(Bordeaux, 1858-Turin, 1942)

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Charles Lépine
© Col. particulière

Jean-Claude SEGUIN 

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Adrien Lépine (-≤1878) épouse Hermance Isabelle Portier. Descendance:

  • Charles, Jules Lépine (Bordeaux, 03/03/1858-Turin, [15]/01/1942):
    • épouse (Bordeaux, 06/02/1879) Jeanne, Eugénie Goyeneche (Bordeaux, 25/04/1855-≤1963). Descendance:
      • Rose Lépine (Bordeaux, 04/04/1877-Nice, 12/09/1952) épouse (Bordeaux, 27/01/1903) Raoul Comte (Saint-André-de-Cubzac, 08/11/1870-≤1952)
      • Louise (Bordeaux, 17/04/1878-Pessac, 25/09/1963) épouse (Vincennes, 28/12/1903) Georges, Ernest Caillaud (Angoulême, 20/10/1879-Bordeaux, 27/03/1962).
    • épouse (Turin, 14/08/1911) Célestina, Maria, Dominica Contenti.

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Son père est artiste paysagiste. Chargé de famille, il est dispensé du service militaire (1878) et exerce comme naturaliste, à Bordeaux, jusqu'en 1903. Ses activités consistent à préparer pour le Musée de Bordeaux des empaillages d'animaux. Il va maintenir ce commerce jusqu'au début du XXe siècle. L'affaire est reprise par J. L. Biat.

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La Lecture française, Bordeaux, 25 janvier 1907.
© BNF

En parallèle, il devient dès le début de 1895, le concessionnaire du kinétoscope Edison, pour Bordeaux, qui va s'installer sur les allées d'Orléans :

Le Kinétoscope
Nous avons déjà parlé à nos lecteurs du kinétoscope, le nouvel appareil si curieux dû à Edison.
La concession de son exhibition vient d'être accordée par la Société Philomathique à M. Lépine, préparateur au Muséum de Bordeaux. La valeur scientifique de M. Lépine, la compétence dont il a fait preuve dans ses nombreux travaux, nous permettrent d'affirmer que le kinétoscope nous sera présenté dans les meilleures conditions et que l'illusion sera complète pour les visiteurs.
Cet appareil, vraiment magique, reproduit des scènes dans lesquelles des personnes sont en mouvement. Cette illusion s'obtient en faisant défiler sous les yeux du spectateur des photographies prises pendant les phases successives d'un mouvement. Quarante positions sont perçues dans l'espace d'une seconde, et grâce à cette rapide suite d'intermittences, l'oeil reçoit la sensation d'une image continue et, en plus, d'une image en mouvement.
Le kinétoscope sera placé, sur la partie des allées d'Orléans avoisinant le kiosque de musique, dans une construction, de quatre mètres sur cinq de façade, de la plus grande originalité et dont le plan est dû au crayon de M. Ruben Dacosta, architecte à Bordeaux, le collaborateur précieux de M. Tournaire.


Journal officiel de l'exposition de Bordeaux, Bordeaux, 17 mars 1895, p. 162.

D'après certaines indications publiées dans le même périodique, il s'agit en réalité d'un "kinétoscope parlor" puisque quatre appareils sont présentés dans le kiosque : 

Kinétoscope
Enfin, dans les jardins, près du Palais de l'Électricité, la Société a autorisé l'installation d'un kiosque comprenant quatre kinétoscopes système Edison.
Ces appareils fot ingénieux, et qui n'ont jamais été présentés à Bordeaux, permettent de voir les sujets faisant tous les mouvements de la vie réelle.
Nous avons du reste, dans notre numéro 5 du 2 décembre 1894, exposé le principe de cette inveniton originale.


Journal officiel de l'exposition de Bordeaux, Bordeaux, 10 février 1895, p. 123.

Cet intérêt précoce pour l'image en mouvement, le conduit à travailler, ponctuellement, pour la maison Pathé dès 1896, selon ses déclarations :

Je connais les détails de l'appareil Duval ; c'est moi qui ai apporté à la maison Pathé en 1896, les appareils de prise de vues et l'appareil Duval n'est en réalité que mon appareil légèrement modifié.


Archives de Paris, P. D2U6 149

Il est toujours installé à Bordeaux (5, rue Bardineau) au moment où il dépose un brevet (9 octobre 1899) pour un "appareil cinématographique de salon" qui ressemble à un petit kinétoscope Edison. Cet appareil est d'ailleurs commercialisé pendant quelque temps, en 1900, par la maison Pathé :

L'appareil Lumière était facile à copier, aussi les contrefacteurs ne manquèrent pas. En mai 1898 par exemple, deux collaborateurs du musée d'Histoire naturelle de Bordeaux, qui avaient essuyé un refus de vente, de la part des frères Lumière, se faisaient présenter à M. Chavanon, concessionnaire pour la région, et avec la complaisance de son opérateur, réussissaient à faire fabriquer un appareil servilement copié, qui fit ses essais à la fête foraine de Reims. M. Caussade nous a confié lui-même qu'éveillé par les compte rendus des journaux locaux, M. Grivolas le manda a Paris et le fit engager chez Pathé aussitôt la fête terminée, fin mai 1898, pour entreprendre des tournées et faire des vues ; il devait bientôt devenir l'opérateur officiel de la maison.


Guillaume-Michel Coissac, Histoire du cinématographe, Paris, Cinéopse/Gauthier-Villars, 1925, p. 265-266. 

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INPI, Brevet 293.075

Inventeur, Charles Jule Lépine dépose, en 1903, un brevet pour un Stéréoscope de poche pour cartes postales (brevet  nº 328474 du 19 janvier 1903), peu de temps avant de rentrer au service de la Compagnie des Phonographes et Cinématographes Pathé :

Je travaille depuis trois ans à l'Usine Pathé, comme metteur en scène. Je gagne 375 francs par mois. (10 avril 1906).


Archives de Paris, P. D2U6 149. 

En réalite, il est déjà un proche puisqu'au mariage de sa fille, Louise Lépine, les témoins sont Pierre Caussade et Marie Foy, l'épouse de Charles Pathé. Il est, d'après Coissac, "Directeur administratif des studios", puis metteur en scène, en 1905 et 1906. Sa filmographie reste difficile à établir, même si l'on peut considérer qu'une part importante des films tournés en 1905-1906 peut lui être attribuée. Après le passage à Paris de l'Italien Carlo Rossi, de la maison Rossi, Pineschi et Cie, Lépine se rend à Turin (14 mars 1906) et signe le contrat qui fait de lui le directeur de l'établissement que compte monter Rossi dans la capitale du Piémont. Sont également prévus, comme collaborateur, Eugène Planchat pour le service technique et le laboratoire d'études, Pierre Caussade, pour la direction de la fabrication des pellicules cinématographiques  et les deux gendres de Lépine, employés chez Pathé, Georges, Ernest Caillaud, opérateur, et Raoul Comte, chargé du service des titres des séries cinématographiques.  Lépine et son complice Ernest Zollinger se rendent coupable de vol de plans d'appareils et de machines cinématographiques. Lépine, qui a démissionné de chez Pathé le 31 mars 1906, est arrêté le 24 avril 1906 et, après le procès, il est condamné, le 2 juillet 1906, à dix mois de prison et trois mille francs d'amende pour "tentative de divulgation de secrets de fabrique" (Archives de Paris, P. D2U6 149) :

Nos employés infidèles, après cinq mois de prison préventive, ont été condamnés, savoir : Lépine, 10 mois de prison, 3000 francs d'amende, Zollinger 6 mois de prison, 2000 francs d'amende, Planchat est relâché et tous trois solidairement à 10000 francs de dommages et intérêts. Le jugement sera affiché dans nos divers ateliers.


PV du CA, 4 juillet 1906, livre I, p. 274-275 (Salmon, 183.)

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Georges Caillaud (1911)
© Col. particulière
Raoul Comte (c. 1930)
© Col. particulière

Après ces déboires avec la justice, Charles Lépine va donc partir pour l'Italie pour retrouver Carlo Rossi. Ce dernier est sur le point de constituer la société qui a pour objet la création et la vente de films cinématographiques. L'acte de constitution, ci-après, est daté du 13 mai 1907: 

Con atto 13 maggio 1907, rogato Torrotta avvocato Ernesto, venne costituita fra i eignori Rommert cav. uff, Guglielmo e Carlo Rossi una Società in nome collettivo, con sede in Torino, sotto la ragiono sociale : « Carlo Rossi e C. », avente per oggetto la fabbricazione o la vendita di pellicole impressionate per cinematografi, od ogni operazione mobiliare, immobiliare e di credito atta a raggiungere lo scopo sociale. La Società esercita pure il Cinematografo della Galleria Nazionale in Torino e quello di Bordeaux, in rue Intendance, N. 5. Il capitolo sociale è di L. 250,000. La durata della Società ò fissata fino al 31 dicembro 1918. Entrambi i soci hanno facoltà di amministrare e di firmare, salvo che si tratti di affari eccedenti le L. 10,000, nel quali casi la firma dovrà essere accumulativa ; e nessuna operazione cambiaria potrà essere validamente consentita se non colla firma sociale di entrambi i soci.


La Stampa, Turin, 3 juin 1907, p. 6.

Au moment de la constitution de la société, le cinématographe Hélios, situé 5, rue de l'Intendance, à Bordeaux, vient tout juste d'ouvrir ses portes. Nul doute que cette collaboration ait à voir avec les origines bordelaises de Charles Lépine. La "Carlo Rossi e C." devient, à partir de septembre 1908, l'Itala Film, dont Charles Lépine devient le directeur général.

GEMENGD NIEUWS. Nederlandsche bioskoop-films!
De maatschappij voor wetenschappelijke en artistieke cinematografie, filmfabriek “Hollandia" te Haarlem, gedurende ruim een jaar werkzaam met het maken van kunst- industrie- en schoolfilms, heeft — naar wij in de “Tel." lezen — een belangrijke uitvinding gedaan op artistiek gebied.
Aan de maatschappij zal zich verbinden een aantal tooneelkunstenaars, waardoor het mogelijk wordt kunstfilms te produceeren, die met het cog op de schoone natuur, de schilderachtige kleederdrachten, eigen aardige zeden en gebruiken van ons land, zoowel hier als in het nieuwsgierige en belangstellende buitenland een gretig onthaal zullen vinden en aan de hoogste eischen zullen voldoen.
Gedurende de wintermaanden zullen zij goed georganiseerde tooneelvoorstellingen geven, van de beste stukken, waarbij zij zich zullen verzekeren van het uitsluitend opvoeringsrecht.
Door deze combinatie zullen de altisten zich blijven ontwikkelen als woord-kunstenaars, terwijl hun als filmspelers nieuwe banen worden geopend voor de praktische beoefening der mimiek en plastiek.
De artistieke leidingen, regiewerkzaam -heden voor film- en tooneeluitvoeringen is toevertrouwd aan den heer L. H. Chrispijn, die daarvoor zijn functie als regisseur bij de Kon. Vereeniging ”Het Nederl. Tooneel" heeft neergelegd.
Aan het hoofd van het technisch bedrijf staat de heer Charles Lépine. ex-directeur-général van de Italafilm te Turin, en Pathé-Frères te Parijs.
De bekende kunstschilder Simon Maris verleent als commissaris zijn medewerking op artistiek gebied.


Haagsche courant, 8 avril 1913, p. 2.

On sait peu de choses sur ses occupations en Italie, après 1914, mais dans les années 20, il redéploie une activité d'inventeurs et dépose ainsi plusieurs brevets :

Film composite. Pathé Cinéma et Lépine, BF 532.804 du 25 mars 1921 (9 mai 1919) : "Les déchets de fabrication des films sont utilisés à constituer un film composite dont les images élémentaires sont assemblées par collage ou par agrafage dans les perforations. Un appareil de vision permet d'examiner successivement ces images et, éventuellement, de les projeter.


Science et industries photographiques,  1er juin 1922, T3, vol. 2, p. 62.

Vision ou projection de petites diapositives pelliculaires. H. de Buyter & C. Lépine, BF 536.619 du 10 juin 1921 et BP 178.430 du 6 avril 1922 (10 avril 1921) : Un tambour creux, pourvu sur sa périphérie d'alvéoles ajourées diamétralement opposées, peut tourner à frottement doux à l'intérieur d'une boîte cylindrique munie de deux magasins opposés sur le diamètre vertical, l'un distributeur, l'autre récepteur, pour pellicules empilées, et deux fenêtres opposées sur le diamètre horizontal l'une pour l'éclairage, l'autre pour la vision ou pa projection ; la rotation du tambour intérieur fait passer successivement les images dans la fenêtre et les entraîne ensuite dans le magasin inférieur ; en retournant ensuite l'appareil de haut en bas, il est prêt à fonctionner à nouveau ; ce dispositif est applicable notamment aux vues isolées d'un film cinématographique, munies éventuellement de garnitures métalliques à la courbure du tambour.


Science et industries photographiques, 1er novembre 1922, T3, vol. 2, p. 117.

Machine à couper les films cinématographiques C. LÉPINE & Pathé-Cinéma, BF 633.600 du 29 avril 1927 (17 septembre 1926) : Machine à tranche au. moyen de lame rectilignes en acier mince dépassant la face supérieure de la table sur laquelle le film est guidé et appliqué, l'organe preneur pouvant être un rouleau à gorge pour loger le tranchant de la lame.


Science et industries photographiques, 1928, p. 240. 

S'il continue à vivre à Turin, nous ne savons plus rien de lui jusqu'à son décès intervenu en janvier 1942 : 

La morte di un pioniere della cinematografia
Si sono svolti leri i funarali di Charles Lépine, regista e tecnico cinematografico, nato a Bordeaux nel 1859 e residente a Torino da più di 36 anni. Era stato collaboratore di Charles Pathé all'inizio dell'attività della "Pathé Films" a Parigi, fu invitato nel 1905 dal pionere della cinematografia torinese Carlo Rossi a venir a Torino, dove lavorò per la "Rossi e Pineschi" e sucessivamente per l' "Italia Films". Inventó e fece bretettra parecchie macchine per l'industria cinematografica.


La Stampa, Turin, 16 janvier 1942, p. 2

Bibliographie

Coissac Guillaume-Michel, Histoire du Cinématographe, Paris, Cinéopse/Gauthier-Villars, 1925, 604 p.

Sadoul Georges, Les Pionniers du cinéma 1897-1909, Paris, Éditions Denoël, 1947, 628 p.

Salmon Stéphanie, Pathé, à la conquête du cinéma 1896-1929, Paris, Tallandier, 2014, 640 p.

Archives de Paris, P. D2U6 149

Remerciements

Nous tenons à remercier les descendants de Charles Lépine qui ont aimablement mis à notre disposition documents et photographies.

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