La Muse de Paris
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La Muse de Paris
Fêtes du centenaire de Michelet.-Ballet exécuté par les danseuses de l'Opéra devant l'Hôtel-de-Ville.
PAR 1901
La Muse de Paris
(danseuses de ballet).
Ballet sur la place de l'Hôtel-de-Ville de Paris
Exécuté par les danseuses de l'Opéra.
20 m. 35 fr.
Identification
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Jean-Claude SEGUIN
Collaboration
Dominique MOUSTACCHI
Rosario RODRÍGUEZ LLORENS
La Fête populaire de Michelet et le Couronnement de la Muse (24 juillet 1898)
La cérémonie commémorative du centenaire de l'historien Jules Michelet, organisée par la Ville de Paris, se tient sur la Place de l'Hôtel de Ville, le 13 juillet à 2 heures.
À cette occasion devait avoir lieu "Fête populaire de Michelet et le Couronnement de la Muse" :
Le programme élaboré par le Bureau du Conseil municipal sur la proposition de son Syndic comportait, dans l'après-midi du 13 juillet, une fête offerte en plein air à la population parisienne, enchantée de pouvoir, à son tour, saluer sur la place de l'Hôtel-de-Ville l'image fidèle de l'historien de Jeanne d'Arc et de la Révolution.
Cette fête populaire devait célébrer à la fois Michelet et le travail manuel personnifié par la Muse de Paris :
Cette fête devait être à la fois la glorification de Michelet et celle du travail manuel, poétiquement personnifié par la Muse de Paris, une charmante ouvrière élue par ses compagnes. La Muse, accompagnée de deux autres jeunes filles, élues comme elle par les ouvrières parisiennes dans une réunion tenue à la Bourse du Travail sous la présidence de M. Léopold Bellan, syndic du Conseil municipal, devait couronner le buste de Michelet après l'audition d'une oeuvre de M. Gustave Charpentier.
Le projet est finalement perturbé par une météo défavorable :
Tout était prêt et, dès le matin, la place de l'Hotel-de-Ville était pleine de monde. Mais on avait compté sans le mauvais temps : une pluie torrentielle, qui se mit à tomber sans interruption, obligea bien à regret les organisateurs de cette fête originale à la remettre au 24 juillet, jour où elle réussit à souhait.
Pour incarner la muse de Paris, c'est Ernestine Curot qui a été choisie par ses compagnes ouvrières. La presse se fait amplement l'écho de l'événement. Le Petit Journal et Le Journal illustré lui consacrent leur une.

Le Petit Journal, Paris, dimanche 24 juillet 1898
La presse écrite va ainsi faire une belle place à l'événemenent, et parmi les nombreux comptes rendus, l'un des plus complets est celui du Radical :
Le couronnement de la Muse
Cinq heures et demie. Gustave Charpentier vient de monter à son pupitre et instantanément un silence profond s'établit. On entend d'abord la Marseillaise.
Quelques minutes et l'exécution de l'œuvre de Charpentier commence. Cette musique originale et de belle allure, empoigne dès le commencement la foule. Phénomène extraordinaire, sur cette place énorme, au milieu de cette assistance, nul bruit ne se fait entendre, et le public très impressionné écoute religieusement la marche des Cris de Paris.
La Muse fait son entrée avec ses compagnes, toutes trois sont fort gracieuses, mais elles ont un joli petit trac. Les voilà assises au pied de la statue de Michelet.
Paraissent les crieurs, ils sont quatre avec des porte-voix dont ils ne se servent pas ; ils ont, du reste, un joli creux. Ce sont MM. Ballard, Karloni, Cardon et Narcou.
-Venez tous admirer
La Muse de Paris.
Et la fête commence : c'est le ballet du plaisir, par Mlles Souplet, Hugon II, Robiette, Neetens, Metger, Yves, Coudaire, François, Guillemin, de Folly, Marcelle, Gillet, Hugon I, Perroni, Louppe, Lingier, Choinskall, du corps de ballet de l'Opéra.
Paraît ensuite Mlle Blanche Mante, de l'Opéra, qui personnifie la Beauté. Le bon populo s'extasie et dit qu'on a bien choisi. Elle mime " le plaisir de s'éterniser dans l'œuvre humaine ".
Viennent les poètes, MM. Duffaut, de l'Opéra, Zocchi, de l'Opéra-Comique, Thibault, Barrau et Cheyrat qui chantent la Muse, pendant que la Beauté va la couronner.
Ici une mention spéciale à M. Duffaut. qui a chanté merveilleusement une ode à la Muse. Quelle voix superbe ! on l'entendait du haut de l'avenue Victoria.
Voici la Souffrance humaine, c'est Pierrot (le mime Severin). C'est l'éternelle douleur ; il implore le ciel, les hommes, il croit entendre le bruit des revanches justiciôres.et s'arrête. C'est la rêve.
Des voix chantent :
Muse ! Muse !
Muse du bonheur !
Pierrot écoute, aperçoit la Muse, qui s'est levée et très gentiment lui tend les bras. Il s'agenouille à ses pieds...
Severin a traduit cette scène merveilleusement.
L'apothéose. Les chœurs, les orchestres de l'Opéra, de la garde et du 24e de ligne entonnent un chant admirable qui se termine par la Marseillaise.
C'est tout le monde qui chante l'hymne national, la foule, et là-bas, près du buste de Michelet, Mlle Mante et les trois petites muses parisiennes.
On acclame franchement Charpentier qui, très modeste, voulait se dérober ; les demoiselles de l'Opéra l'ont forcé à se montrer.
Le Radical, Paris, 26 juillet 1898, p. 2.

L'Univers illustré, Paris, 30 juillet 1898, p. 491.
Nous disposons de deux documents photographiques qui ont été pris le 24 juillet 1898 et qui représentent la fête populaire. Le premier permet d'avoir une vision générale de l'événement. On y aperçoit l'Hôtel de Ville, les grandes tentures et au centre la statue de Michelet, la Muse de la Ville et ses deux demoiselles d'honneur.

Cliché Marmand. Couronnement du buste de Michelet (Paris, Hôtel de Ville. 24 juillet 1898)
CENTENAIRE, 1899
Nous disposons en outre d'une autre photographie - sur support carte postale (>1903) - qui est prise latéralement. Le cliché, dans ce cas, semble inversé (effet miroir).
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| Cliché Branger. Couronnement de la Muse de Paris. Hôtel de Ville. 1898 (original et miroir) | |
Les deux copies de La Muse de Paris (24 juillet 1898)
Coro y ballet (Fiesta nocturna en Michelet)
Source: Filmoteca Española
Antonino de Sagarminaga, collecteur basque, a constitué une importante collection de vues animées des débuts du cinématographe. Ses héritiers vont entrer en contact avec la Filmoteca Española afin de procéder à une transaction à l'issue de laquelle l'institution espagnole va acquérir l'ensemble des films. Dans le long et précieux travail de recherche qui s'en est suivi, des vues de divers catalogues (Lumière, Pathé, Warwick...) ont été identifiées. Singularité de ce corpus, la présente en nombre de vues provenant de celui d'Ambroise-François Pernaland. On trouve ainsi les titres suivants : Mât de beaupré, Le Bateau insubmersible, Mer, Saut du mur, Grosse tête de Pierrot, Canards parisiens, Le Chanteur des cours, Marchand de coco marchand de nougat, La Sieste interrompue, Le Chien et l'Arroseur, Évolution d'escadre à Toulon, Petite cause grands effets, Pierrot buveur, Cambrioleur insaissable, Fâcheuse distraction, Feu d'herbes, Intérieur de ferme de ferme, Moutons, Les Bûcherons, Sauts du tremplin, Restitution forcée, Grande Chasse à courre, Avenue des Champs Elysées, Génie, Arrosage général, Gendarme et voleur de canard, Saut de haies, Bonne d'enfants et militaire, Les Bons payent pour les mauvais, Cidre mousseux et Faune et bacchantes.
De cette liste, sont absentes deux vues animées qui méritent une attention toute particulière. Leur intitulé dans le fonds "Sagarminaga" sont Tren con imperial et Coro y ballet (Fiesta nocturna en Michelet). En effet, ils pourraient correspondre à deux titres du catalogue Parnaland daté de 1901 : Arrivée d'un train (nº 6) et La Muse de Paris (nº 37). La prudence est de rigueur, car on ne compte plus le nombre d'arrivées de train dans le cinématographe des premiers temps, mais, en revanche, l'événement reproduit dans la seconde vue, beaucoup plus exceptionnel, n'est mentionné que dans les deux seuls catalogues "Parnaland" de 1901 et de 1907 accompagné du résumé suivant:
La Muse de Paris
Fêtes du centenaire de Michelet.-Ballet exécuté par les danseuses de l'Opéra devant l'Hôtel-de-Ville.
Si l'on ne peut affirmer absolument que la vue Coro y Ballet (FIesta nocturna en Michelet) correspond au titre La Muse de Paris, il est difficile d'exclure cette possibilité surtout en tenant compte de la composition du corpus "Sagarminaga" où l'on trouve une trentaine de vues provenant du catalogue "Parnaland" En ce qui concerne Tren con imperial, nous l'avons dit, les choses sont plus délicates. En voici le résumé :
Arrivée d'un Train.-Arrivée d'un train de banlieue (Wagons à impériale) à toute vitesse, Arrêt brusque.-Nombreux voyageurs montant et descendant du train, Sujet très mouvementé.
Deux détails méritent pourtant notre attention: le "train de banlieue" et les "wagons à impériale". Nous y reviendrons.
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| Tren con imperial Source: Filmoteca Española |
Coro y ballet (Fiesta nocturna en Michelet) Source: Filmoteca Española |
Ce qui jette le trouble sur ce début d'identification, c'est que nous connaissons une autre copie des deux vues en question conservées aux Archives du Film du CNC et qui sont classées dans les vues "Lumière", non pas les vues dites "catalogue", ni celles désignées habituellement sous l'expression "hors-catalogue", mais les "hors-production", à savoir les vues tournées, par un particulier, avec un cinématographe Lumière mais indépendant par rapport à la société lyonnaise.
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| Lumière 4476 (1) | Lumière 4476 (2) |
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| [Fête en l'honneur du centenaire de Jules Michelet] (Lumière 4480) |
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La copie de La Muse de Paris conservée dans le fonds des Archives du Film du CNC a été prise sous le même angle que celui de la copie de la Filmoteca Española. Le plan est à peine plus large. Il est difficile de penser que deux opérateurs aient pu se placer au même endroit sans que l'angle de prise de vue en soit affecté. On peut donc admettre qu'il s'agit de deux copies provenant d'un même négatif. Le titre du film a été attribué par l'historien Maurice Gianati qui a identifié le lieu et l'événement. Les Archives du Film proposent le résumé suivant :
Le 24 juillet 1898, une fête en l'honneur du centenaire de Jules Michelet et du couronnement de la Muse de Paris a lieu place de l'hôtel de Ville à Paris. Devant la façade drapée et le buste de Michelet, un orchestre vu de dos accompagne un ballet. Un public distingué assiste au spectacle.
Ce qui également troublant, c'est que nous retrouvons le même cas de figure avec la vue Tren con imperial et la première des deux vues des Archives du Film nº 4476 (1): même angle de prise de vue, même personnage en pantalon blanc... Cela permet de penser que là encore, les copies conservées ont un lien avec le catalogue Parnaland.
En l'état actuel de la question, on pourrait donc dire qu'a partir d'un négatif "Lumière" des copies auraient été tirées avec perforation "Lumière" (Archives du Film) et des perforations "Edison" (Sagarminaga).
Bilan
Sources
Centenaire de la naissance de Michelet. Compte rendu officiel des fêtes, Paris: Imprimerie Nationale, 1899.
Remerciements
Laurent Mannoni.





