- Détails
- Mis à jour : 1 décembre 2025
- Publication : 24 mars 2015
Quadrille des clodoches

2
| 1 | Pathé 980 | |
| 2 | n.c. | |
| → | Décors : Cambrioleurs modernes (647). Un voyage en pays de brigands (650). L'Âne facétieux (709). Voilà le colonel (710). | |
| 3 | ≤ 06/1903 | 35 m |
| 4 | [France] | |
| 5 | Filmoteca Española | |
3
| 22/11/1903 | Philippines. Manille. | Cinematógrafo Rizal | Contra danza de los Clodoches |
| 29/09/1906 | Espagne. El Ferrol | Cinematógrafo Pradera (New England) | Los Clodoches Danza |
Quadrille des clodoches : étude
Quadrille des clodoches : étude
Rosario RODRÍGUEZ LLORÉNS
Le film présente une scène de danse dans laquelle deux hommes et deux femmes, vêtus de costumes extravagants, adoptent des poses manifestement comiques et exagérées, comme on peut l’observer dans les photogrammes actuellement disponibles. Il n’est pas difficile de reconnaître dans ces danseurs les personnages de la célèbre "quadrille des clodoches", ce qui permet de comprendre le titre de l’enregistrement filmique.
Les clodoches naissent à Paris vers la fin de l’année 1850, sous l’impulsion d’un danseur amateur nommé Clodomir Ricard. Ce sont les années où des danseuses telles que Céleste Mogador ou Rigolboche sont les vedettes du célèbre bal populaire du Bal Mabille et mettent à la mode le cancan ou chahut, héritier direct de la quadrille française, bien que déjà profondément transformée par l’empreinte populaire. Clodomir, artiste habitué du Mabille, réunit trois de ses amis et crée la "quadrille des clodoches" avec quatre personnages : Clodoche (lui-même), Flageolet (M. Liard), la Normande (M. Lord) et la Comète (M. Michalet), ces deux derniers travestis en femme. Il s’agit d’un groupe de danse à vocation essentiellement comique, qui remporte un grand succès et parcourt pendant des décennies les scènes de France et de certains autres pays européens avec son humour simple et spontané. Dès les premières années des années 1860, on trouve déjà des références bibliographiques et journalistiques à cette quadrille, concernant aussi bien ses numéros de danse que les œuvres dans lesquelles elle apparaissait, ainsi que ses costumes.

Le quadrille des Clodoches au bal de l'Opéra, 1870-1890, Numa Fils
Source : Les Musées de la Ville de Paris
Dans une interview de l’année 1903, Clodomir-Clodoche se remémore avoir dansé jusque devant l’empereur Napoléon III, qui, après les avoir vus aux Bals de l’Opéra, les invite à une représentation privée. Clodoche, déjà âgé à cette époque, énumère les théâtres et les pays visités, tout en déplorant la médiocrité des spectacles parisiens de danse de son temps :
Aujourd’hui à l’Opéra… et partout… c’est d’un morne ! Je vous le dis, on ne sait plus rire…“, et il s’attriste en comparant les œuvres comiques, exemptes d’immoralité, que lui et ses compagnons ont toujours portées sur scène, aux danses grossières de certaines quadrilles actuelles : “J’ai voulu assister à leur fameux quadrille du Moulin-Rouge… Quelle pitié, monsieur, quelle pitié !
DHUR, 1903, p. 3.
Que penserait Clodomir de la danse du film qui nous occupe ? Observée à travers le prisme d’aujourd’hui, elle ne semble rien présenter d’immoral ; il est possible que notre regard soit désormais habitué à certaines évolutions du cancan et que plus rien ne nous surprenne vraiment.
Dans les années qui suivent les débuts des "clodoches", vers 1885, devient célèbre la "quadrille naturaliste", qui conserve la formation de deux couples : "il n’admettait que deux couples mâles et femelles". Ses principales représentantes féminines portent des surnoms descriptifs et vulgaires, tels que La Goulue, la plus célèbre d’entre elles, Grille-d’Égout, la Môme-Fromage ou Nini Patte-en-l’Air. Les hommes reçoivent eux aussi ce type d’appellations grotesques, comme en témoignent les noms de Valentin-le-Désossé ou l’Élancé.
Au Casino de Paris, de la fin de l’année 1903 jusqu’en mars 1904, on joue la revue Cherchez la femme, avec des numéros tels que "Les Clodoches" ou le "Kickapoo", ce dernier interprété par la troupe des Elks. Il se trouve qu’à la même période, la maison Pathé tourne un film intitulé Danse du Kickapoo, également interprété par les Elks du Casino de Paris, et l’on n’exclut pas que les artistes filmés dans Quadrille des clodoches soient les mêmes que ceux qui incarnent la quadrille sur la scène du Casino de Paris. Ces formations sont constituées pour l’occasion, à la manière d’imitations des véritables "clodoches", avec les danseurs appropriés. C’est ce que l’on peut lire dans les annonces faisant la promotion du spectacle du Casino de Paris rappelant le célèbre illustrateur parisien des premières années des clodoches : “Il y a d’abord le quadrille des Clodoches reconstitué comme au temps de Gavarni”.
Si l’une des célèbres danseuses de cancan est la protagoniste du film Quadrille des clodoches, il s’agit sans doute de Nini Patte-en-l’Air, en raison de sa grande ressemblance et du fait qu’elle est, en outre, l’une des rares artistes à ne pas s’être encore retirée à cette époque.
![]() |
![]() |
| Nini patte-en-l’air DELSOL, 1893: 103. |
Nini Pattes en l’Air, dancer at the Moulin-Rouge, c. 1900 Source : Granger Historical Picture Archive |
![]() Quadrille des clodoches (Pathé nº 980. 1903) |
|
Au début du XXᵉ siècle, Nini se produit au Casino de Paris aux côtés des élèves de l’école de cancan qu’elle dirige depuis déjà plusieurs années. Maurice Delsol consacret, dès l'année 1893, plusieurs pages de ses ouvrages à cette école de Nini Patte-en-l’Air et à ses danseuses, avec des photographies, des gravures et de brèves notices biographiques. Bien des danseuses présentes vers 1900 dans les théâtres parisiens tels que le Moulin Rouge, les Folies Bergère... ont été ses élèves dans l’académie et ont fait partie de ses troupes et de ses quadrilles. Georges Montorgueil (1898) décrit tout cela en détail et cite les élèves les plus célèbres de Nini : Églantine, la Tourterelle, la Sirène ou Cigarette.

Casino de Paris. Nini patte en l'air et ses élèves, 1900, Lithographie, F. Appel (Paris)
Source : Gallica
Nini Patte-en-l’Air continue à se produire avec ses élèves en 1901, lors du "Grand Bal de Mardi Gras" au Théâtre municipal de Troyes : “Nini Patte-en-l’Air et son quadrille naturaliste du Moulin-Rouge composé de Mlles Feuillantine, Moustille et Frégoline”. Après cet événement, il devient difficile de trouver des références ultérieures à ses prestations artistiques.
Quelques scènes de Quadrille des clodoches ont été reprises dans le long métrage Vida en sombras (Llorenç Llobet-Gràcia. 1949).

Vida en sombras (Llorenç Llobet-Gràcia. 1949)
© Intermedio/Filmoteca de Catalunya
Bien qu’il ne s’agisse que de quelques fragments discontinus qui, dans la fiction, sont projetés sur l’écran d’une salle remplie de spectateurs enthousiastes, ces brèves images en mouvement permettent néanmoins de vérifier que les danseurs exécutent certaines des évolutions habituelles décrites pour la "quadrille des clodoches", telles qu’Eugène Giraudet les définit en 1909 :
Les pas et figures comiques du quadrille sont à l’infini ; ces 4 danseurs étaient des acrobates chorégraphes. Tous les pas de chahût et de gigue y étaient exécutés d’une manière triviale, les grands écarts, les jambes en l’air sur toutes les faces évoluaient, les sauts périlleux, les roues étaient faits avec une parfaite harmonie, les jeux de bras et de physionomie avaient un rôle des plus désopilants.
GIRAUDET, 1909: 2193.
On peut également observer que le costume des quatre membres de la "quadrille" correspond, en quelque sorte, à la description qu’en donne également Giraudet, dans l’ordre suivant : Flageolet, la Normande, Clodoche et la Comète.
1° A pompier au casque démesuré, veste très courte, pantalón trois grands.
2° Une pêcheuse de crevettes déguisant sa masculinité sous des appâts extraordinaires.
3° A Higlander au faux nez trognonnant, les joues Garnies de favoris monstres, la lèvre inférieure casiment vous trouverez 2 énormes bosses postiches.
4° Une infirmière normande au bonnet gigantesque.
GIRAUDET, 1909: 2193.

Le Quadrille des Clodoches
DHUR, 1903: 3.
Malgré les modifications logiques apportées aux costumes au fil du temps, les quatre danseurs de la "quadrille" du film cherchent à restituer l’essence des artistes originaux. Parmi eux, celui qui a le moins changé et qui demeure le plus reconnaissable est Flageolet.

Quadrille des clodoches (Pathé nº 980. 1903)
Enfin, cette image de la "quadrille" de Nini Patte-en-l’Air est présentée car, bien qu’il ne soit nullement possible d’affirmer que ces quatre artistes soient les protagonistes du film, la ressemblance d’ensemble du groupe n’en demeure pas moins remarquable.

Anonyme,Les danseurs de quadrille et de Cancan prennent la pose, Nini Patte-en-l’Air et Écrevisse encadrées par Passe-Partout et Pied-de-Vigne.
BESSE, 2014: 92.
Sources
BESSE François et Mathilde KRESSMANN, Visages du Paris 1900. 100 photos de légende, Paris, Editions Parigramme, 2014, 126 p.
DELSOL Maurice, Paris-Cythère : étude de moeurs parisiennes, Paris, Imprimerie de la France Artistique et Industrielle, 1893, 287 p.
DHUR Jacques, “Clodoche : Les bals de l’Opéra hier et aujourd hui”, Le Journal, Paris, 20 janvier 1903.
GIRAUDET Eugène, “Quadrille”, Journal de la danse et du bon ton, nº 101-110, T. 3, 1909, p. 2179-2261.
MONTORGUEIL Georges, Paris dansant, Paris, T. Belin, 1898, 221 p.
TOUT PARIS, “Bloc-Notes Parisien. Les confidences de Clodoche”, Le Gaulois, Paris, 30 septembre de 1903.


