Robert MOLIN

(Vincennes, 1892-Les Lilas, 1942)

Jean-Claude SEGUIN

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Louis, Just, Jean Molin (1817-) épouse Adrienne, Marguerite Manville (1818-). Descendance :

  • Jules Molin (Batingolles-Monceaux, 21/06/1846-Grand-Port. Île Maurice, 20/01/1910) épouse Marie, Victorine, Louise, Lorant (Colmar, 08/09/1863-16/03/1932). Descendance :

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Les origines (1893-1905)

Petit-fils d'un médecin, Robert Molin est le fils de Jules Molin et de Louis Lorant, deux artistes lyriques. La famille habite à Vincennes, au 40 rue du Polygone (recensement 1901), voie où se trouvent les studios et les usines de la société Pathé.

Le Cinématographe (1906-1942)

Robert Molin vit à deux pas de la société Pathé et cette proximité n'est sans doute pas étrangère à sa vocation d'opérateur. En 1906, il réside, toujours à la même adress, avec sa mère (recensement de 1906). Dès 1907, il figure, comme opérateur dans un courrier adressé par la maison Pathé au préfet de la Seine afin d'autoriser plusieurs collaborateurs à pouvoir "photographier dans les jardins et lieux publics". En 1911, il est recensé à Vincennes : 40 avenue du Polygone. Quelques mois plus tard, en mai 1912, Robert Molin, qui travaille alors pour le Film-Journal de Raleigh et Robert, tourne un film audacieux :

UN AUDACIEUX REPORTAGE
Un jeune reporter du Film-Journal, le grand périodique cinématographique dont MM. Raleigh et Robert sont les distingués directeurs, M. Robert Molin, était à la dernière revue de Juvisy. Ému par la grandiose manifestation aéronautique qui se préparait, il fut pris du vif désir d'assister de haut à l'imposante revue.
L'aviateur Campbell l'enleva et, en reporter consciencieux, M. Molin ne voulut point se séparer de son appareil, cela lui permit de prendre un film sensationnel et unique.
Le jeune Molin est sur le point d'aller faire son service. N'aurait-il pas l'intention de travailler à l'obtention du brevet de pilote militaire ?


Paris-Midi, Paris, mercredi 22 mai 1912, p. 2.

Quelques années plus tard, la presse revient sur cet épisode, sans doute, en l'enjolivant :

Le premier reportage en avion fut réalisé par l'opérateur, Le Saint qui tourna certain jour de 1910 une "chasse au canard sauvage" avec Martinet et Legagneux. On raconte encore dans le milieu du cinéma d'actualités, l'aventure de Robert Molin qui est aujourd'hui l'un des tout premiers collaborateurs de "Pathé-Journal" et en même temps l'un des plus anciens de la corporation. Molin allait partir un jour avec le pilote Champel pour une prise de vues dans les environs de Juvisy et il avait déjà pris place dans l'appareil lorsque l'avion - on disait alors l'aéroplane - prit le départ tout seul comme on mettait le moteur en marche. Molin n'hésita pas, quoique complètement profane en la matière, il tira sur le manche comme l'Orge s'annonçait à quelques mètres de lui, il prit de la hauteur escalada la rivière, puis lâcha petit à petit et vint atterrir tan bien que mal. Mais on avait eu chaud ce matin-là à Juvisy !


France-Indochine, samedi 10 janvier 1931, p. 3.

Selon Paul Thomas, lui-même opérateur, il aurait travaillé pour le nouveau journal animé de la maison Bonaz, le Ciné-Chronique :

Un nouveau Journal animé.
La Maison Bonaz a présenté mardi au Consortium le premier exemplaire du Journal cinématographique dont elle s’est assuré l'exclusivité d'exploitation en France, Belgique et Suisse.
Ce nouveau journal sera offert au public sous le nom de Ciné-chronique. Le premier numéro a obtenu un gros succès auprès des exploitants de Paris qui l’ont vu. Il comprenait notamment toutes les fêtes qui ont été données à l’occasion du voyage de M. Poincaré en Angleterre.
M. Bonaz se tient à la disposition de nos amis pour leur envoyer un exemplaire échantillon qui leur permettra de se rendre compte ‘de visu” de l'intérêt et de la qualité photographique de ce nouveau confrère.
À titre de renseignement, voici le sommaire du premier numéro :
1º.— La Mode à Paris ; Une matinée au Bois.
2°.— Le Président Poincaré inaugure le Concours agricole.
3°.— Le Championnat de France de natation, à l’île des Cygnes.
4°.— Le nouveau cadran, l'horloge de la gare St-Lazare.
5°.— Incendie de puits de pétrole en Amérique.
6°.— Fête de la Stella, Aéro-Club féminin, aux côteaux de St-Cloud.
7°.— Président Poincaré à Londres.


Le Courrier Cinématographique, 3º année, nº 27, Paris, 5 juillet 1913, p. 32.

Quelques semaines plus tard, Robert Molin est incorporé (matricule militaire) et cède sa place à Paul Thomas :

Je remplaçai ensuite, à Ciné-Chronique, mon camarade Robert Molin, qui partait à son tour pour la caserne. Mais Ciné-Chronique tomba...


Francis Ambrière, "Les souvenirs de Paul Thomas", L'Image, nº 15, Paris, 1932, p. 13.

Incorporé le 11 octobre 1913, il ests toujours sous les drapeaux lorsque la Grande Guerre est déclarée. Il est placé au "Laboratoire A et M" (Paris). Il profite d'une permission pour épouser Madeleine, Louise Bonnet. À la fin des hostilités, Robert Molin est recensé (recensement 1921) aux Lilas (56, rue des Écoles) où il figure comme "Reporter Ciné" pour la maison Pathé. Il partage le logement avec la famille du beau-frère de son épouse, le photographe et opérateur Édouard, Louis Prévost. Au recensement suivant (recensement 1926), il figure toujours aux Lilas (64, rue des Écoles). Selon les informations figurant sur ce document, Robert Molin travaille comme Opérateur-Cinéma pour la société Meyer - il pourrait s'agir d'une erreur - comme plusieurs membres de la famille d'Édouard Prévost.

En juillet 1927, Robert Molin et Maxime Dely (1900-1967), lui aussi opérateur, se rendent à Ver-sur-Mer afin de cinématographier l'arrivée du l'aéroplane L'America du commandant R. E. Byrd parti des États-Unis.

molin robert 1927 L'America Ver sur mer
L'America à Ver-sur-Mer (1er juillet 1927).

Sur la route qui les conduit à Ver-sur-Mer, leur voiture fait une embardée :

LE MARTYROLOGE DE L'ACTUALITÉ
Maxime Dely et son camarade Robert Molin, qui s'étaient rendu au Bourget, la nuit, sous une pluie battante, pour prendre l'arrivée de l'America, ayant appris vers cinq heures du matin, que le commandant Byrd et ses intrépides compagnons venaient d'amérir à Ver-sur-Mer, décidèrent immédiatement de s'y rendre en auto, en quatrième vitesse, malgré le mauvais état du chemin.
Or, à quelques kilomètres de Pacy-sur-Eure, leur voiture qui roulait à plus de 80 à l'heure sur des routes défoncées par l'orage, fit soudain une telle embardée qu'elle fut projetée contre un arbre où elle se brisa... Le conducteur put se dégager sans trop de mal, mais l'infortuné Dely avait la jambe gauche fortement contusionnée et le pouce de la main droite complètement sectionné... Quant à Molin, il en fut quitte pour une profonde blessure au visage et de violentes douleurs internes.
Tous deux durent cependant garder le lit pendant plusieurs semaines.
Ayant eu connaissance de cet accident par un rédacteur du New-York Times, le commandant Byrd a eu la délicate pensée d'envoyer à ces deux admirables victimes du devoir, une lettre personnelle, pour leur exprimer sa très cordiale sympathie, avec l'espoir d'un prompt rétablissement, et s'excuser en même temps d'avoir été en quelque sorte la cause indirecte de cette fâcheuse mésaventure.
Robert Molin est un "vieux" de l'actualité, toujours sur la brèche.


Le Cinéopse, 9e année, nº 97, Paris, 1er septembre1927, p. 801.

La presse américaine confirme bien ces informations :

BYRD SYMPATHIZES WITH CAMERAMEN
Commander R. E. Byrd has expresed deep sympathy for Robert Molin and Maxim Dely, the Pathe News cameramen who were injured in an automobile accident while racing from Paris to Ver-sur-Mer to film the wreck of Byrd's plane, "America."  The Commander, in a letter to the cameramen expressed his regret at their injury and stated that he felt somewhat responsible for the accident through having come down at Ver-sur-Mer having come down at Ver-sur-Mer rather than at the Le Bourget field near Paris-his intended destination. Cables from Harry Harde, Manager of the Pathe News Bureau in Paris report Molin and Daly [sic] on the road to recovery.


The Herald Statesman, Yonkers, samedi 6 août 1927, p. 4.

Deux ans plus tard, Robert Molin participe au tournage d'un film Là-bas aujourd'hui (1929) :

Pathe Makes Armistice Day Special Rekindling WarTime Memories of the Battlefronts as America Prepares to Avoid Future Strife
Over there, memories stirring, vivid, inspiring.
Again the columns swinging along the broken roads of France; the weary minutes of approaching zero hours, the rising tone of a mighty barrage and advancing lines sweeping across No Man’s Land, buddies going R. I. P. under the withering fire.
The poignant picture of the four millions great adventure contrasted with the battlefronts as they are today.
A pilgrimage that will stir the red blood and tug at the heart-strings of every American.
A fitting and timely tribute to the Allied dead who for all we know will form in ghostly lines on Armistice Day above the poppies and battered towns of France.
“Over There Today” is a Pathe Armistice Day one-reel special release, a journey through the land of memories, photographed by Maxim Dely and Robert Molin, directed by Paul Jones and edited by Ray L. Hall.
It is a production that any showman would be proud to run at any time. For armistice week, it becomes particularly appropriate and its boxoffice value is increased a hundred fold because of the world interest and discussion of armament limitation.
Here is a picture that will stand out from any on any screen like the Very lights above the trenches in the dead of night.
There isn’t a newspaper in the country that won’t be glad to carry a publicity story about it and there isn’t a theatre manager who won’t run it if its real significance and drawing power is properly outlined.
Maxim Dely and Robert Molin have done some inspiring work with the cameras, the direction by Paul Jones is masterful and Ray L. Hall has edited and titled “Over There Today” in a way that audiences will not soon forget. _ The Sun Ed. was a mere buck who got the rear end of his khaki pants riddled in a charge back to his own trenches, and he is going to treasure this set of titles as one of the real souvenirs of la guerre.
You have these titles and you will soon have the prints. That’s a full pack in any sales skirmish.


Pathe Sun, vol. 14, nº 24, 19 octobre 1929, p. 9.

En 1931, Robert Molin est toujours domicilié aux Lilas (recensement 1931). Il tient également la caméra pour filmer le bandit corse, André Spada :

La Vie du Bandit Corse André Spada par Harry Grey
[...]
Les compagnons du bandit se postèrent en sentinelle, jumelles en mains et fusils sur les genoux - chiens levés - pendant que Robert Molin, chef opérateur, et André Caillat, chef de l'enregistrement du son, réglaient leurs appareils.


Le Petit Méridional, Montpellier, vendredi 23 octobre 1931, p. 1. 

En 1933, Robert Molin quitte, le 17 avril 1933, Le Havre à bord de l'Île de France et arrive à New York, le 23 avril 1933. Il habite toujours aux Lilas au recensement suivant (recensement 1936)

Il décède aux Lilas en 1942.

Sources

AMBRIÈRE Francis, "Les souvenirs de Paul Thomas", L'Image, nº 15, Paris, 1932, p. 12-15.

MORRISSEY Priska, Les As de la manivelle, Paris, FRHC, 2021, 462 p. 

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1912

Les Fêtes d'aviation de Juvisy

1929

Over There Today [Là-bas aujourd'hui]

1931

La Vie du Bandit Corse André Spada

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