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- Création : 19 mai 2024
- Mis à jour : 29 octobre 2025
- Publication : 19 mai 2024
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Jules DUMIEN
(Andance, 1861-Paris, 1930)

Jean-Claude SEGUIN
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Pierre, Maixent Dumien ([1836]-Paris, [15]/06/1907) épouse (Andance, [19]/08/1860) Mélanie Boudin ([1840]-Paris, [02]/05/1925). Descendance :
- Jules, Victor, Pierre Dumien (Andance, 13/10/1861-Paris 9e, 20/02/1930)
- épouse (Valence, 06/07/1889. div. 19/11/1894) Marie, Julie Dumien (Valence, 26/02/1870-)
- Julie, Mélanie, Celina Dumien (Lyon, 05/09/1870-) épouse (Paris 8e, 25/02/1889) Léon, Antoine, Jean Meganck (Berg-op-Zoom, 04/01/1863-). Descendance :
- René, Maixent, Léon Meganck (Paris 1e, 03/12/1889-Paris 16e, 09/11/1920) épouse (Paris 18e, 30/03/1914)
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Originaire de l'Ardèche, Jules Dumien, comme semble-t-il déjà son père, exerce l'activité de "donneur" dans les milieux hippiques dès le début des années 1880 :
CORRESPONDANCE
Paris, le 11 octobre 1882.
Monsieur le rédacteur en chef,
Je viens de lire la lettre que M. Charles Bresson a adressée à M. Mérelle, lettre dans laquelle il est dit que c'est pour le compte du propriétaire que j'ai donné Gramoticy pour 5,000 fr. L'assertion n'est pas exacte: c'est pour le compte d'une tierce personne, que je peux nommer si besoin est, qui m'affirmait que le cheval était très fatigué. Cette personne paraissant très bien renseignée, j'ai consenti à en donner pour 5,000 fr. pour son compte.
Agréez, Monsieur, mes salutations empressées.
JULES DUMIEN,
12, rue de Choiseul.
Le Jockey, Paris, jeudi 11 octobre 1882, p. 1.
Il va ainsi poursuivre ses activités de bookmaker pendant de très nombreuses années, ce qui lui vaut parfois d'avoir maille à partir avec la justice comme lors du procès des 30 juillet et 6 août 1884 devant le Tribunal Correctionnel de la Seine (9e chambre). Il fait également l'acquisition de chevaux de course :
M. Tirlot a vendu Vide-Gousset à l'amiable à M. Jules Dumien dont les couleurs sont : Casaque mauve, manche et toque noires.
Vide-Gousset reste sous la direction de l'entraîneur Ollivier.
Le XIXe siècle, Paris, dimanche 5 mars 1893, p. 4.
Ces activités lucratives vont lui permettre de se lancer dans des opérations immobilières :
Casino Marie-Christine
[...]
Le Casino Marie-Christine vient d'être vendu à M. Jules Dumien, de Paris, qui a, paraît-il, l'intention de transformer ce beau séjour en un véritable Eden.
On parle d'améliorer la scène et la salle de spectacle, de construire un café-restaurant, etc., etc.
Nous tiendrons, du reste, nos lecteurs au courant, en temps opportun.
Revue comique normande, 30 septembre 1893, p. 6.
La Volonté rapporte comment il sait parfaitement gérer son argent en revendant un cinéma qu'il a sur les boulevards :
Mais Jules Dumien fit un usage intelligent de cette fortune trouvée sous le pas des chevaux. Elle fructifia habilement. Une anecdote peindra sa manière. Propriétaire d'un petit cinéma sur les Boulevards, Jules Dumien reçut d'une grande maison de blanc une proposition d'achat. Son local s'encastrait au beau milieu des amgasins. Comme propriétaire, il eût pu tenter une spéculation de petite envergure: il fit mieux. Après examen, il alla trouver la direction des magasins.
- Non seulement je vous céderai mon local, mais je m'associe volontiers à votre affaire, dont je connais le développement heureux. En trois jours, Jules Dumien avait étudié son dossier et connaissait toutes les ressources de la maison et ses possibilités.
Bien entendu, son concours fut agréé et l'affaire prospéra selon ses prévisions.
Au demeurant, Jules Dumien fut un homme de parole et ce n'est pas un mince éloge pour un brasseur d'affaires moderne.
La Volonté, mardi 25 février 1930, p. 2.
À l'approche de l'Exposition Universelle de 1900, il constitue la société du "Palais Lumineux Ponsin" :
PALAIS LUMINEUX PONSIN
société anonymes
Siège social: 9, rue Mansard, Paris.
NOTICE
Le Capital social est de quatre cent mille francs, divisé en 400 actions de 1.000 fr.-Parts bénéficiaires: 300.-L'objet de la Société est l'édification et l'exploitation d'un palais lumineux, d'abord dans l'enceinte de l'Exposition de 1900, puis dans tous autres endroits. L'acquisition ou la prise de bail de tous immeubles, la construction et l'exploitation de toutes installations relatives à ce palais et à toutes constructions et exploitations similaires, la vente ou la cession de ces installations. L'obtention, l'achat, l'exploitation et la vente ou cession de tous brevets d'invention, certificats d'addition ou licences, modèle de fabrique se rapportant à l'objet de la Société.-La durée de la Société est de 20 ans, à partir du 19 juin 1898.-L'acte constitutif a été reçu par Mes Pérard et Rambert, notaires à Paris.-L'assemblée générale a lieu en décembre : elle se compose de tous les actionnaires porteurs de 3 actions.
[...]
CONSEIL D'ADMINISTRATION:
Membres: MM. Jules Dumien, Le Clerc, Georges de Bussy.
Commissaires des comptes: MM: Salomon et Petit.
Annuaire général des sociétés françaises, "Sociétés créées en vue de l'Exposition de 1900", p. 989.

Exposition Universelle de 1900.-Le Palais Lumineux.
source: Roger Viollet
En 1905, il devient l'un des rédacteurs du nouveau journal hippique, Le Mutuel, sous le nom de Jules d'Andance :
Les pronostics seront donnés par un sportsman éminent, M. Jules d'Andance. On sait l'importance prépondérante de cette partie dans un journal comme le nôtre: nos lecteurs peuvent être assurés qu'elle sera traitée par un spécialiste hors ligne avec une absolue compétence.
Le Mutuel, Paris, 25 mars 1905, p. 1.
À cette occasion, la nouvelle publication plusieurs photos où figure Jules Dumien dans des situations parfois originales.

M. Jules Dumien et son ours Nichka
Le Mutuel, Paris, 25 mars 1905, p. 1.

M. Jules Dumien et son bateau automobile
Le Mutuel, Paris, 25 mars 1905, p. 1.
Quelques mois plus tard, il a de nouveau affaire à la justice :
La nouvelle est connue; procès-verbal a été dressé dimanche dernier à Longchamp contre M. Dumien, M. Jules Dumien, l'impresario bookmaker bien connu. Cette nouvelle a causé une joie générale, non seulement parce que le bookmaker pincé en fraude était M. Jules Dumien, mais encore parce que la question des donneurs promettait d'être sélectionnée devant les tribunaux. Il faut en rabattre, la solution de la question du pari au livre n'a pas fait un pas de plus depuis l'arrestation de M. Jules Dumien. Ce malheureux a été de défense pitoyable; on a trouvé sur lui une liste d'une trentaine de personnes ayant échangé avec lui pour vingt et un mille francs de paris à la côte du Mutuel.
L'Illustré parisien, Paris, samedi 7 octobre 1905, p. 9-10.
C'est à l'initiative de Jules Dumien que se constitue, en 1907, une société cinématographique dont les figures de proue sont : Félix Mesguich, Clément-Maurice et Léopold-Maurice :
Rentré à Paris, je fais à M. Dumien la visite dont nous avions convenu sur les rives du Nil. Cet homme d'affaires ne se perd pas en préambules. "Voilà! me dit-il, j'ai des capitaux, un vaste terrain disponible à la porte de Paris; proposez-moi deux associés et nous formons une société en nom collectif, pour la production et l'édition cinématographiques.
La semaine suivante nous signons un acte d'association avec MM. Clément Maurice et son fils aîné. Un article des statuts me charge spécialement des prises de vues de plein air.
MESGUICH, 1933: 143.
Cette première société, dont la raison sociale est "Clément Maurice & Fils, Mesguich & Dumien", est enregistrée le 25 mars 1907. Peu après, la société Eclipse propose un rapprochement avec cette entreprise. Avant d'engager une collaboration, la société "Clément Maurice & Fils, Mesguich & Dumien" va se consolider en prenant le nom de Société Générale des Cinématographes Radios constituée le 24 juillet 1907. Chacun des collaborateurs se voit attribuer une responsabilité :
Les premiers directeurs seront: MM. Gratioulet, père et fils, et Mesguich, sus-nommés qui auront la direction des affaires de la Société dans les termes ci-après. M. Gratioulet père aura la direction technique et artistique, M. Gratioulet fils aura la direction des laboratoires et de la fabrication des films, et M. Mesguich sera chargé des prises de vues de plein air et des voyages y relatifs.
Cote de la Bourse et de la banque, Paris, 16 novembre 1907, p. 12.
Logiquement, un accord peut alors être conclu, au début de l'année suivante entre la Radios et Eclipse. On ignore si Jules Dumien se réserve un rôle particulier, mais il est, en tout état de cause, le financeur de l'entreprise. Il ne se limite d'ailleurs pas à cette unique initiative, puisque Jules Dumien devient l'un des deux administrateurs généraux des Folies-Bergère :
MM. Isola, de même qu'ils avaient cédé l'Olympia à MM. Victor de Cottens et Marinelli, viennent de passer la direction des Folies-Bergères à leur administrateur général, M. Clément Bannel, dont la compétence et la courtoisie se sont affirmées depuis longtemps.
M. Bannel aura pour associé M. Jules Dumien.
L'Aurore, Paris, samedi 13 juin 1908, p. 3.
Il est également en relation avec la société du Théâtre-Concert Parisiana pour une question de droit au bail et on le retrouve administrateur de la Société Française "Luna Park" :
Sté Française "Luna Park".-Nomination d'administrateur.- Suivant décision du Conseil d'administration du 22 octobre 1909, J. Jules Dumien, demeurant 9, rue Mansart, à Paris, a été nommé administrateur.-Gazette du Palais, 17 novembre 1909.
Cote de la Bourse et de la banque, Paris, 1er décembre 1909, p. 3.

Ph. Jules Dumien. La Revue des Folies-Bergère. Le Palais-Royal d'autrefois d'après une gravure de Debucourt (5e tableau)
Comoedia, Paris, mardi 7 décembre 1909, p. 3.
C'est en 1916 que Jules Dumien liquide la société qu'il avait constituée avec Clément Bannel pour l'exploitation des Folies-Bergère :
Suivant acte sous-seings privés, en date du 15 janvier 1916, publié aux Petites affiches ce matin, MM. Clément Bannel et M. Jules Dumien, propriétaire, même ville, rue Mansart, 9, ont déclaré dissout, à compter du 14 avril prochain, la société en nom collectif constituée entre eux le 9 juillet 1908 sous la raison sociale Bannel et Cie, pour la prise en location et l'exploitation des Folies-Bergère et de tous autres music-halls et théâtres.
Le Temps, Paris, 18 février 1916, p. 4.
Par la suite, il exploite le restaurant L'Abbaye de Thélème, ouvert au nº1 de la place Pigalle. Il est également administrateur de la Société des Spectacles nouveaux, fondé en juin 1921. Il ne néglige pas non plus ses activités cinématographiques. C'est ainsi qu'un conflit l'oppose à la société l'Eclipse au sujet d'un contrat de vente d'une propriété utilisée à des fins photographiques et cinématographiques :
PROCÉDURE.-CONSEIL D'ÉTAT.-COMPÉTENCE.-LITIGE RELATIF A L'EXÉCUTION D'UN CONTRAT DE VENTE D'UNE PROPRIÉTÉ DE LA VILLE DE PARIS.-COMPÉRENCE DE L'AUTORITÉ JUDICIAIRE.
(13 nov.- 76.796. Société des films Eclipse et sieur Dumien.
MM. Moreau-Néret, rapp.; Berget, c. du. g.; Me Clément, av.).
VU LA REQUÊTE présentée par la Société des films Eclipse, dont le siège social est à Boulogne-sur-Seine, 32, rue de la Tourelle, et pour le sieur Jules Dumien, demeurant à Paris..., tendant à ce qu'il plaise au Conseil annuler pour excès de pouvoir son arrêté du 10 oct. 1907, autorisant le sieur Dumien à installer dans sa propriété de Boulogne-sur-Seine un atelier de cinématographie et de photographie;
Vu (les lois des 7-14 oct. 1790 et 24 mai 1872);
CONSIDÉRANT que l'acte attaqué retirant l'autorisation accordée au sieur Dumien d'installer dans sa propriété un atelier de cinématographie et de photographie, n'a pas été pris par le préfet de la Seine en vue d'exercer des pouvoirs de police; qu'il a seulement pour objet de pourvoir à l'exécution du contrat du 30 juin 1856, par lequel la ville de Paris a vendu la propriété dont s'agit à l'auteur du sieur Dumien et de la Société des films Eclipse; que dès lors, l'autorité judiciaire est seule compétente pour connaître des litiges auxquels il peut donner lieu;... (Requête rejetée comme portée devant une juridiction incompétente).
Recueil des arrêts du Conseil d'État, 1924, Paris: Société anonyme du recueil Sirey, p. 886-887.
À la même époque, Jules Dumien reste l'un des plus forts actionnaires de la Société Anonyme du Casino du Havre. Ce personnage singulier est toujours recensé au 9 rue Mansart, où il a passé une grande partie de sa vie, entouré de sa meute de chiens :
Il habitait rue Mansart, un petit hôtel qu'un mur très élevé, dissimulait aux yeux des passants. Vers huit heures chaque matin, la porte cochère s'ouvrait, M. Dumien sortait entouré d'une meute turbulente et aboyarde de jeunes fox à poils ras, qu'il menait à la promenade.
Au temps rigoureux où la muselière et la laisse étaient imposées, M. Dumien qui promenait ses animaux complètement nus, - ils n'avaient même pas de collier - se faisait dresser une contravention presque chaque jour...
La Liberté, Paris, 4 mars 1930, p. 4.
Sa dernière opération commerciale est le rachat du music-hall l'Olympia qu'il souhaite transformer en salle de cinéma. À cet effet, il va apporter quelques modifications à sa société "J. Dumien et Cie" :
PARIS.-Modification.-Soc. J. DUMIEN et Cie, exploitation du théâtre-concert Olympia, 8, Caumartin.- M. Foucret cède ses droits à M. Haïk.-27 mars 1929.-G.P.
Archives commerciales de la France, 12 avril 1929, p. 1432.
La presse pour sa part évoque également ces projets de transformation avec une certaine nostalgie :
Quelques mots sur l'Olympia-Music-hall avant qu'il devienne un cinéma
A la fin du mois de mai, c'est décidé, l'Olympia fermera donc pour un temps ses portes et les rouvrira, au début de la saison prochaine, transformé en cinéma.
MM. Dumien et Jack Haïk ont tenu à rappeler, dans ce cinéma, le genre qui fit la juste popularité de l'Olympia.
Non seulement, ils conserveront une partie d'attractions que l'excellent M. Jean Fouilloux, directeur actuel de l'établissement, continuera à présenter, mais ils expoloiteront des films sonores, tournés et projetés à l'aide d'inventions françaises, qui seront inspirés souvent par le music-hall.
C'est ainsi que, pour le film d'inauguration de l'Olympia, M. Jack Haïk a fait appel à Rip, le roi des revuistes, qui écrira spécialement pour cela un scénario et des paroles.
Mais il n'en est pas moins vrai que l'Olympia-Music-Hall agonise et que c'est une nouvelle victoire du septième art, bien que, dans sa grandeur et grâce au sentiment de cette puissance, ce septième art permette au music-hall de se manifester encore un peu.
Le Quotidien, Paris, 14 avril 1929, p. 4.
Jules Dumien n'aura pas le temps d'assister à la réouverture de l'Olympia, car il décède, le 20 février 1930, peu avant son inauguration qui a lieu le 11 avril.
Sources
BERNARD Youen, Les petites maisons de production cinématographique française de 1906 à 1914. Mémoire DEA, U. Paris III, 1994.
LONDON Geo, "La Carrière de Jules Dumien", Cyrano, 2 mars 1930, p. 28.
TRAVIÈRES Pierre de, "Le manager misanthrope", Le Cri de Paris, 2 mars 1930, p. 7.
Remerciements
Bernard Bastide.
Stephen Bottomore.