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- Création : 19 mai 2024
- Mis à jour : 18 juillet 2025
- Publication : 19 mai 2024
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Eugène, Adolphe dit "Max" BONNET
(Paris, 1880-Paris, 1953)

Jean-Claude SEGUIN
1
Louis Bonnet épouse Sophie Delmotte. Descendance :
- Adolphe, Auguste Bonnet (Saméon, 11/02/1851-Paris 10e, 27/07/1909) épouse Achille, Rosalie Rachez. Descendance :
- Eugène, Adolphe dit "Max" Bonnet (Paris 18e, 21/06/1880-Paris 18e, 10/03/1953) épouse (Paris 18e, 13/03/1930) Hyacinthe, Sophie, Rosalie Vandergouten (Paris 8e, 15/07/1895-Paris 10e, 12/07/1983)
2
Les origines (1880-1904)
Fils d'un garçon de salle et d'une couturière, Eugène, Adolphe Bonnet a eu maille à partir avec la justice pour un vol mineur. Le Tribunal Correctionnel de Versailles le condamne, le 13 octobre 1898, à un mois de prison avec sursis. Au moment de son conseil de révision (1900), il exerce la profession de clown. Après avoir été ajourné, en 1901, pour "faiblesse", il est finalement déclaré bon pour le service l'année suivante. Il est incorporé au 136e régiment d'infanterie à compter du 15 novembre 1902. il est envoyé en congé le 18 septembre 1904 et obtient un certificat de bonne conduite. Sur le document militaire, le métier "clown" a été rayé et remplacé par celui de "Menuisier accessoiriste" à une date inconnue.
Le Cinématographe ([1905]-1914)
Chez Méliès
Faut-il croire, alors, "Max" Bonnet lorsqu'il déclare qu'il a été engagé chez Georges Méliès en 1900 ? :
M. MAX BONNET.- J'étais au Chatelet, dans la troupe Price, quand j'ai été engagé par MELlES. MELIES était un fervent du Chatelet, il y allait. trois par semaine . Quand il nous a vus il s'est dit "j'aurai besoin de ces gars". Le directeur du Chatelet à cette époque là était FONTANES, c'était en 1.900.
Commission Recherche. 10 décembre 1949. Cinémathèque française.
Si Alexandre Fontanes est au début du siècle un auteur à succès, il ne reprend la direction du Châtelet qu'en 1901 :
Théâtre du Châtelet Rochard et Cie.- Modification de la raison sociale qui devient Rochard, Fontanes, Judic et Cie.-Modifications aux articles 14, 15, 17, 18, 19.-Assemblée du 25 juillet 1901.
Journal spécial des sociétés françaises par actions, samedi-dimanche 31 août-1er septembre 1901, p. 4.
La collaboration de Max Bonnet avec Georges Méliès est donc à situer, au plus tôt à l'automne 1901, soit quelques mois avant son départ pour le service militaire (1902-1904). Quant aux clowns et athlètes de la troupe Price, ils collaborent fréquemment avec différents théâtres parisiens dont le Châtelet, mais de façon intermittente. On peut donc raisonnablement penser que si des contacts ont pu avoir lieu avant 1904, ils n'ont été qu'assez sporadiques. En 1949, certaines déclarations de Max Bonnet au journaliste des Nouvelles littéraires font écho au matricule militaire où figurent les mentions "clown" et "menuisier accessoiriste" :
Devant la reproduction en maquette du premier studio de Méliès, Henri Langlois nous présente un autre de ses farfadets.
- Voici monsieur Bonnet, nous dit-il. Il a tourné des quantités de films avec Méliès et Jean Durand.
-J'étais clown au Châtelet, raconte M. Bonnet. Quand on tournait, en ce temps-là, on ne savait naturellement rien du scénario. Méliès comptait. Il avait expliqué avant: "A six, toi tu te précipites sur ta partenaire; à dix, tu vas vers la porte, tu l'ouvres, et à quinze, toi là-bas, l'accessoiriste, tu donneras la fumée. Compris tout le monde ? Allons-y..." Bien des fois, poursuit M. Bonnet, quand je n'étais pas de la scène, c'était moi qui donnait la fumée ou qui inondais le champ des plumes d'un traversin éventré...
Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques, Paris, jeudi 27 janvier 1949, p. 8.
Selon les déclarations, toujours imprécises, de Max Bonnet, ce dernier évoque la figure d'Amédée Rastrelli dont les débuts chez Georges Méliès sont à situer vers 1908 et pourraient coïncider aussi avec les siens :
M. LANGLOIS.- Vous avez travaillé chez MELIES avec Rastrellli ?
M. MAX BONNET. Il est venu chez le concierge du théâtre, il a demandé à voir les clowns, on l'a emmené dans la loge des clowns, qui était tout en haut, comme toujours. Il nous a dit que ce n'était pas difficile, le cinématographe, que nous n'aurioms qu'à faire ce qu'il nous dirait, et qu'on toucherait 20 francs. C'était vingt francs or... On venait, on tournait une scène et on touchait vingt francs. En trois quart d'heures. Et une chose qu'on n'apprenait pas, puisqu'on la connaissait déjà... On ne savait jamais le titre ; on ne se rendait pas compte de ce qu'on faisait, c'était lui Méliès qui faisait ses trucages, ça passait sur deux ou trois surimpressions, on ne savait jamais les titres. On nous habillait en arlequins, en diables. C'était au petit studio de Montreuil. Il disait : "Les. diables, par ici, toi tu feras ça, toi autre chose". On voyait une fumée, et hop... et ça changeait.
M. MODOT.- Ça se bornait surtout à des sauts, des cascades, des choses d'acrobates.
M. MAX BONNET.-On faisait de tout, des choses truquées, des portes tournantes; on lui faisait ses feux follets. Faire les feux follets, ça consistait à courir sur la galerie du haut avec de la pellicule qui brûlait en dessous. On avait chaud, on grillait ; alors plus on courait vite, moins on avait chaud. C'était ça, les feux follets.
Quand on avait fini, il disait, c'est bien, il est quatre heures, on a le temps d'en faire encore une. et on touchait trois louis.
M. MODOT. Il était honnête, le père MELIES.
M. MAX BONNET.-On faisait le photographe qui faisait des blagues, des trucs qui duraient trente mètres.
Rastrelli travaillait chez MELIES. Il demeurait à Vincennes. Quand MELIES allait à Montreuil, il passait par Vincennes, rue des Laitières, et Rastrelli demeurait au coin de la rue des Laitières. Il le voyait le matin, et lui disait : pour demain j'ai besoin de tes copains, 5, 6, 7 ou 8. Et Rastrelli nous disait ça le soir au théâtre.
Rastrelli a travaillé avec MELIES jusqu'à la guerre de 1914.Commission Recherche.
Commission Recherche. 10 décembre 1949. Cinémathèque française.
Il reste difficile de connaître avec précision les films auxquels Max Bonnet aurait participé. En 1952, il évoque à nouveau cette période alors qu'il constitue son dossier pour la retraite. Il s'adresse à Musidora :
"Je désirerais que vous voyiez Mme Méliès pour qu'elle m'écrive une lettre dans laquelle elle certifierait que M. Max Bonnet, régisseur, a collaboré avec Georges Méliès dans la série des films comiques et féeriques de la production "Smiles" au studio de Montreuil en 1899 et les années suivantes - et que mes appointements étaient de 20 F (un louis d'or) par décor et par costume (il y a des jours où j'en gagnais 4 !)."
Cité dans RICHARD, 2011: 104-105.
Au cours des années 1906-1908 et au-delà, il réside dans la région parisienne : Paris 19e (13/02/1906 : 25 avenue Laumière), Malakoff (06/07/1907: 32 rue Pasteur) et Paris 10e (02/07/1908 : 18, rue Vincent).
Chez Gaumont
La chronologie est tout aussi imprécise concernant la collaboration de Max Bonnet chez Gaumont, à la différence près que celle-ci va connaître des prolongements juridiques qui permettent de placer quelques jalons dans ce parcours. En effet, Max Bonnet est déjà employé par le Comptoir en 1910 lorsqu'il est victime d'un accident du travail :
Devant l'appareil cinématographique
Pour augmenter d'une actualité la collection de ses films, une société de cinématographe avait imaginé "une panne d'aéroplane". Tandis que dans le cadre d'un décor préparé d'avance, l'appareil en plein vol s'accrochait à la toiture d'un immeuble, l'aviateur était précipité sur le sol. En réalité, l'aviateur n'était autre, dans la circonstance, qu'un acrobate, M. Bonnet, rompu à toutes les finesses de son art et qui devait, au moment déterminé par le metteur en scène, se laisser déterminé par le metteur en scène, se laisser choir de son appareil d'une hauteur préalablement arrêtée. Le malheur voulut que certains jours, le 7 février 1910, l'artiste prit mal ses précautions et vint s'abîmer sur le sol, se brisant, dans cette chute, le tibie et le péroné.
Le Temps, Paris, dimanche 21 mai 1911, p. 6.
L'affaire va finir devant les tribunaux. En effet, Max Bonnet considère que la responsabilité de l'employeur, en l'occurrence la société Gaumont est responsable et il réclame à ce titre des dommages et intérêts. Max Bonnet va avoir gain de cause lors de l'audience du 20 mai 1911 :
Le Tribunal
[...]
Par ces motifs;
Condamne Gaumont et Cie, auxquels est substituée la Compagnie d'assurances La Foncière, à payer à Bonnet, dit Max Eugène, une rente annuelle et viagère de 267 francs, par trimestre et d'avance, à dater du 1er juillet 1910, sous déduction de toutes sommes en derniers ou quittances que ledit Bonnet pourrait avoir reçues à titre de demi-salaires ou de provision;
Dit qu'il n'y a pas lieu à exécution provisoire;
Condamne Gaumont et Cie aux dépens.
La rente est calculée sur la base du salaire annuel de Max Bonnet estimé à 3.500 francs, compte tenu que l'incapacité permanente partielle est évaluée à 20 %. Si l'on peut, sans nul doute, considérer que Max Bonnet travaille bien pour la société Gaumont jusqu'au 7 février 1910, que se passe-t-il par la suite ? A-t-il continué à le faire entre le jour de l'accident et le 20 mai 1911, date de jugement ? Est-il resté à son service au-delà de cette date ?
Ces questions ne sont pas sans incidence sur la carrière cinématographique de Max Bonnet. L'accident du 7 février 1910 se produit lors du tournage du film Voilà l'aéroplane dont le scénario est enregistré le 10 novembre 1909 et qui est annoncé dans Ciné-Journal, le 4 juin 1910. En outre, Il aurait travaillé sous la direction de Jean Durand en 1911.
Chez Pathé
On peut penser, malgré tout, qu'après le procès, les relations entre Bonnet et la société Gaumont ont pu se détériorer. A-t-il alors rejoint Roméo Bosetti, à Nice, qui vient d'ouvrir la succursale "Comica" de la maison Pathé ? C'est en tout cas ce qu'écrit Francis Lacassin :
Quand il arrive à Nice à l'automne 1910, Bosetti sait bien que les acteurs amenés dans ses bagages, les Albertus, les Duhamel, Max Bonnet et Bertho ne résisteront pas éternellement aux attraits de la capitale.
LACASSIN, 2023: 24.
Les sirènes parisiennes auront-elles eu raison de lui ? En tout cas, sur l'annuaire de Nice (1913), il y a bien un "Max Bonnet" qui est propriétaire d'une maison sur la route forestière de Monboron.
Et après (1914-1953)
Comme tout citoyen français en âge de combattre, Max Bonnet est rappelé à l'activité suite au décret présidentiel du 1er août 1914 de mobilisation générale. Le 3 août 1914, il rejoint le 79e régiment d'infanterie. À partir du 17 novembre 1915, il est détaché aux usines Schneider jusqu'à la fin du conflit. Il est mis en congé illimité de démobilisation le 10 février 1919. Il va résider alors à Marseille, au 36 allées des Capucines, à partir du 10 février 1919.
Max Bonnet continue à maintenir des relations professionnelles avec la maison Pathé, après la guerre et, en 1921, il se voit confier la nouvelle agence bretonne de PathéConsortium-Cinéma :
Une nouvelle Agence.
Sur les instances de ses nombreux clients de la région bretonne, Pathé-Consortium-Cinéma vient de créer une nouvelle Agence, à Rennes, 6, rue Hoche.
La direction de cette Agence a été confiée à M. Bonnet, un des plus anciens et estimés collaborateurs de la Société Pathé.
Le Courrier cinématographique, 11e année, nº 8, 19 février 1921, p. 54.
À l'adresse indiquée, un dépôt de films est prévu :
Avis d'enquête
Une enquête de commodo vel incommodo sera ouverte du 2 au 16 juillet inclusivement, sur la demande présentée par M. Bonnet, agent régional du "Pathé-Consortium-Cinéma" en vue d'être autoriser à installer un dépôt de films cinématographiques dans un immeuble situé rue Hoche nº6, à Rennes.
Les personnes qui auraient des motifs d'opposition à faire valoir contre l'établissement projeté ou des observations à présenter à ce sujet, sont invitées à les formuler à la mairie (premier bureau) ou à y remettre leurs déclarations détaillées et précises (de 9 heures à midi et de 14 à 17 heures).
Le Courrier cinématographique 11e année, nº 29, 16 juillet 1921, p. 46-47.
Il continue à faire quelques incursions cinématographiques comme dans L'Horloge :
La distribution de L'Horloge, dont M. Marcel Silver achève actuellement le montage et qui sera très prochainement présenté, comprendra, autour de Jane Ferney et de J. F. Evremond, MM. Volbert, Max Bonnet, Raymond, Bataille et Mmes Peyrol, Magali, ainsi que la petite Véga et le petit Jacques Neuville.
L'Intransigeant, Paris, samedi 19 janvier 1924, p. 4.
Il est également l'interprère du rôle de vieux marinier "L'Équipage" dans La Belle Nivernaise
Au cours des années suivantes, il occupe des fonctions au sein du Syndicat du Personnel Français de la Production Cinématographique et de la Fédération Nationales des Syndicats d'Artisans Français du Film. On le retrouve encore, comme régisseur, dans quelques productions des années 1940. Il décède en 1953.
Sources
Annuaire des Alpes-Maritimes de 1913. (archives départementales des Alpes-Maritimes)
BONNET Max, "Max Bonnet à propos de Georges Méliès", INA. s.d.
Jugement correctionnel du 13 octobre 1898 de Monsieur Eugène Adolphe BONNET (Cote 3U3 3220 : . Archives Départementales des Yvelines).
LACASSIN Francis, À la recherche de Jean Durand, AFRHC, 2004, 256 p.
LACASSIN Francis, Pour une contre-histoire du cinéma. Tome II. (Édition sous la direction d'Éric Le Roy et Nicolas Tixier), Aix-en-Provence, Rouge profond, 2023, 268 p.
Le Droit, Paris, 14 juillet 1911, p. 625.
RICHARD Jacques, Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France, Paris: Editions de Fallois, 2011, 912 p.
Remerciements
Archives Départementales des Yvelines.
3
1910 |
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| Voilà l'aéroplane [aviateur] | ||
1911 |
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| Le Baptême de Calino (J. Durand) | ||
| Faust et Marguerite (J. Durand) | ||
| Aventures de trois Peaux-Rouges et d'un cow-boy à Paris (J. Durand) | ||
1924 |
||
| L'Horloge (Marcel Silver) | ||
| La Belle Nivernaise [L'équipage] (Jean Epstein) | ||
1925 |
||
1928 |
||
| Âmes d'enfants [Taker] (Jean Benoit-Lévy et Marie Epstein) | ||
1946 |
||
| Rouletabille joue et gagne | ||
| Rouletabille contra le dame de pique | ||
1948 |
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| Halte... Police |