LA ROCHE-SUR-YON

Jean-Claude SEGUIN

La Roche-sur-Yon, chef-lieu de la Vendée, compte 10.000 habitants (1894)

1896

Le Cinéphotographe (Musée, 4-[7] octobre 1896)

Le cinéphotographe est un appareil commercialisé par Lépée qui connaît un certain succès. Plusieurs jours avant l'inauguration, un article évoque son arrivée prochaine, mais sans donner le nom de son propriétaire :

Le Cinéphotographe.
Nos lecteurs ne sont pas sans avoir entendu parler des projections animées, de ces tableaux photographiques dont la succession en même temps que la simultanéité, donne aux spectateurs l'illusion de la réalité.
Parmi ces tableaux, on cite à chaque instant : L'arrivée et la descente d'un train, 'Le défilé d'un régiment, La charge de cavalerie, L'effondrement d'un mur, représentations photographiques qui saisissent comme si on assistait réellement à ces divers spectacles.
Nous sommes heureux de leur annoncer que, très prochainement, ils pourront se rendre compte de ce qu'est le Cinéphotographe dont nous aurons plusieurs séances à la Roche, et éprouver eux-mêmes cette illusion pour ainsi dire complète de la réalité qu'est parvenue à donner la science de la photographie instantanée.
Nous reviendrons d'ailleurs sur ce sujet, en indiquant la date de sa première» à La Roche.


Le Messager de la Vendée, La Roche-sur-Yon, dimanche 27 septembre 1896, p. 2.

Si les films qu'évoque le journaliste sont ceux qui ont obtenu un grand succès et qui sont très connus - on y reconnaît des titres du catalogue Lumière -, ils sont difficiles à identifier, en sachant d'autant plus que les frères Lumière ne commercialisent pas encore leur production. La confusion - sans doute pour des raisons commerciales - est entretenue comme on peut le constater dans ce nouvel article :

VENDÉE
LA ROCHE-SUR-YON
Le Cinéphotographe.-A une date très prochaine, mais que nous ne pouvons encore fixer, le Cinéphotographe aux projections animées fera pour la première fois son apparition à la Roche-sur-Yon. L'appareil est fondé sur les mêmes principes que le Cinématographe Lumière que les Nantais ont à loisir admiré et fonctionne de la même façon. C'est un système ingénieux de photographies qui tournent avec une très grande rapidité sur un rouleau et au fur et à mesure de leur développement se projettent sur un écran placé en face des spectateurs. Les impressions que perçoit la rétine sont si rapides qu'elles donnent l'illusion d'une vision continue ; elles sont si nettes que les images qui passent sur l'écran semblent douées de vie et de mouvement ; il ne leur manque que la parole, lorsque ce sont des ombres humaines. C'est l'électricité qui est l'agent lumineux.
Parmi la série de projections animées dont nous serons témoins, citions la descente d'un train, la danse serpentine, la lutte, la chute d'un mur, etc., etc.
Il nous a paru utile de donner ces détails dans la chronique vendéenne où pas un seul mot n'a encore été écrit sur cette intéressante découverte.
Pourvu que les industriels qui nous feront connaître les merveilles du Cinéphotographe ne s'avisent pas de brûler l'étape de la Roche dans leur tournée !


Le Progrès de Nantes, Nantes, 3 octobre 1896, p. 3.

C'est finalement le 4 octobre 1896 qu'a lieu l'inauguration du cinéphotographe dans la salle du musée :

Les vulgarisateurs du cinéphotographe ne nous feront pas faux bond.
C'est dimanche dans la salle du musée que l'appareil fonctionnera de 2h de l'après-midi à 10h du soir. Le cinéphotographe y restera 3 jours au maximum.


Le Populaire, Nantes, 3 octobre 1896.

la roche sur yon theatre

La Roche-sur-Yon, Le Musée (c. 1902)

Un nouvel et dernier article pousse encore plus loin la confusion en assimilant directement le "cinéphotographe" au "cinématographe-lumière", avec un minuscule malgré tout... : 

Le Cinéphotographe.-Pas n'est besoin de la voix de la réclame pour lancer dans les villes où on les ignore les curiosités du cinéphotographe qui n'est d'ailleurs pas autre chose que le cinématographe-lumière. De sept heures à dix heures du soir, la salle du Musée, où avaient lieu les expériences, n'a pas désempli. Parmi les numéros du programme, citons la descente d'un train, les brûleurs d'herbes, la danse serpentine, reproduction de clichés en couluer, et un duel d'amoureux, un duel à l'épée mais pour rire et dans lequel les deux duellistes tirent de la main gauche. Ce dernier numéro était surtout très réussi.
N'étaient la trépidation qui subsiste même avec les meilleurs appareils et l'indécision de certains détails qui restaient un peu flou, par suite sans doute d'un léger défaut de lumière sur l'écran, ce serait parfait de vie et de mouvement.


Le Progrès de Nantes, Nantes, 7 octobre 1896, p. 4.

Les séances terminées, le propriétaire du Cinéphotographe se dirige probablement vers Les Sables-d'Olonne où un cinéphotographe est présenté quelques jours pus tard.

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