Auguste FRANÇOIS

(Lunéville, 1857-Belligné, 1935) 

francois auguste

Jean-Claude SEGUIN

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Nicolas François ([1791]-)épouse Anne Loret ([1875]-). Descendance:

  • Auguste François (Lunéville, 1831-1876) épouse (Domèvre-sur-Vezouze, 12/10/1856) Élisabeth Frémion (Domèvre-sur-Vezouze, 1835-1871). Descendance:
    • Auguste François (Lunéville, 20/08/1857-Belligné, 04/07/1935) épouse (Paris 16e, 22/04/1907) Hélène, Gabrielle, Adolphine de Mallmann (Montmorency, 07/09/1876-Belligné, 22/03/1974).

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Encore jeune, Auguste François perd ses parents et est élevé par son oncle. Il commence sa carrière administrative comme chef de cabinet (1883) auprès de Paul, Georges, Louis Bihourd, préfet de Meurthe-et-Moselle. En 1886, ce dernier est nommé Résident Général de la République Française en Annam et au Tonkin et Auguste François l'accompagne :

Ce séjour au Tonkin eut sur la vocation de M. François une décisive influence : il y prit le goût des aventures, l'amour des lointains horizons ; bref, il y devint un " colonial " très convaincu, très enthousiaste.


La Justice, Paris, 21 juin 1900, p. 2.

De retour en France, il travaille (1893) au cabinet de Jules Develle,  ministères des affaires étrangères. Il repart comme chargé de mission consulaire au Paraguay où il séjourne de 1894 à 1895. En 1896, il occupe le poste de Consul de France d'abord dans la province chinoise de Guangxi, puis au Yunnan. Il entreprend plusieurs voyages d'exploration dans le sud de la Chine, il visite également le Tibet. Il va se rendre célèbre à la suite d'un épisode durant la Révolte des Boxers (1900-1901) au cours de laquelle, le consulat étant assiégé, il va résister et sauver une vingtaine de personnes. Son nom est également associé à la ligne de chemin de fer du Vietnam à Kunming pour avoir été en charge des négociations liées à sa concession.

Parallèlement à sa carrière diplomatique, Auguste François développe une intense activité de photographe dans les pays et les zones qu'il parcourt. C'est dans le cadre de ces activités qu'il est en contact avec Léon Gaumont. Un courrier transmis à ce dernier donne une idée des liens qui existent entre les deux hommes :

Mon cher Monsieur Gaumont,
J’envoie ceci un peu à l’aventure mais pourtant j’ai espoir que cette carte vous parviendra. Voici déjà un an que je bourlingue sur les rivières chinoises et que je cours sur les rochers du Céleste Empire. Je commence à être à court de munitions de toutes espèces et j’aurais besoin que vous m’envoyiez une provision de plaques les plus fraîches que vous pourrez me faire choisir car elles auront un bout de chemin à faire pour me rejoindre. Je suis encore suffisamment pourvu de 18 x 24 dont j’ai pu prendre quelques boîtes à Hong-Kong, mais il me faudrait environ 400 plaques de 8 x 9 pour jumelle stéréoscopique et dans les 2 à 300 6 ½ x 9. Tout cela en extra-mince. Si c’était un effet de la bonté de Messieurs Lumière et fils de vouloir fournir des plaques qui auraient la dimension exacte annoncée sur les boîtes, ma reconnaissance leur serait acquise pour au-delà de l’existence (la leur). Ces messieurs (père et fils) ne se doutent pas de la difficulté que l’on rencontre à recouper sur une route de Chine, des plaques qui ne peuvent entrer dans les châssis parce qu’elles ont été taillées en losange tandis que les châssis sont rectangulaires. Il m’a fallu repasser au diamant près de 500 plaques 8 x 9 qu’il m’était impossible de loger dans mon appareil. Maintenant si les étiquettes « extra-minces » couvraient réellement des glaces sans épaisseur au lieu des plaques blindées qu’il faut enfoncer à coups de maillet dans les châssis pour les ressortir en morceaux, ce serait un réel perfectionnement apporté à l’industrie Lumière. J’aimerais assez que les bénédictions dont je gratifie cette maison tout le long de cette route, arrivent à destination.
Je vous adresse sous cette même enveloppe quelques épreuves tirées sur papier au bromure avec votre révélateur Panchromatic B. Si cela peut vous donner une indication, voilà ce que l’on peut encore obtenir avec un papier et un produit qui traînent depuis un an dans des bateaux et sur le dos des coolies, avec la température de la Mer Rouge et la saison des pluies du Kouang-Si et du Koueï-Tcheou. Il me reste encore 3 blocs de ce révélateur et je compte qu’il marchera encore très bien durant quelque temps. Quelques flacons seuls sont un peu colorés mais ils donnent encore des résultats satisfaisants. Joignez donc encore 2 blocs de Panchromatic B. Je n’en commande pas davantage car je vais me rapprocher du Tonkin et je pourrai recevoir plus aisément des envois que l’on pourra espacer.
Il faudrait mettre tout cela sous zinc en petits colis séparés, les faire porter à Monsieur Beau, chef de cabinet du Ministre des Affaires étrangères au Quai d’Orsay, en le priant de vouloir bien les faire adresser par les soins du bureau du Départ du ministère à l’adresse suivante : Mr. François, Consul de France de Mong-Tse, Province du Yun-Nan, Chine. Mon collègue me fera parvenir les paquets ou bien j’enverrai des gens.
Mes clichés précédents sont chez vous en lieu sûr, n’est-ce pas ?  J’ajouterai à ces collections, des types qui sont jusqu’ici unique, de populations inconnues photographiquement. Ce matin encore, j’ai photographié sous la pluie, en plein sur la route, un type de Houa-Miao, excessivement curieux. Je développe tout cela dans les auberges chinoises ou en plein vent, avec ma chambre noire sac, en toile noire. Cela marche très bien. Vous devriez travailler une cuvette à développement pour opérer sans chambre noire avec verre rouge dessus et dessous et réservoirs sur les côtés pour les bains. Si j’avais les verres transparents nécessaires, j’aurais déjà fait confectionner cela en bois laqué. Un simple sac à chargement et une cuvette à développer comme celle que je conçois suffiraient dans une exploration.
Je vous remercie mon cher Monsieur Gaumont du soin que vous donnerez à mes petites commandes et je vous envoie mes amicales salutations.
23ème  jour de la 8ème lune (1899)
A. François
Consul de France.


Cinémathèque Française, Fonds Gaumont, LG57-B13.

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Portage de caisses de plaques photographiques sur la route du Kouei-tcheou - 1899
© http://augfrancois.chez-alice.fr/

Ce pionnier, photographe infatigable et dont le corpus immense reste encore à établir, va également, à paritir de 1901, réaliser de nombreux films documentaires sur la Chine, dans le Yunnan. Ces films sont mis au catalogue Gaumont et un numéro spécial leur est consacré (L. Gaumont & Cie, Revue Mensuelle des Nouveautés Cinématographiques, 1re année, nº 3, mai 1905) sous le titre " Au pays des mandarins ". Il est probablement l'auteur également des Vues prises en Chine par M. X. (nº 545 à nº 559). 

Sources

FRANÇOIS Auguste, Le Mandarin blanc, Paris, Calmann-Lévy, 1990, 382 p.

FRANÇOIS Auguste, Yunnan, Chine (Musée de Pitt Rivers: Ce film est mis à disposition à des fins éducatives et n'est pas disponible pour une licence commerciale conformément à l'acte de donation).

LIABEUF Dominique et Jorge SVARTZMAN, L'Oeil du consul. Auguste François en Chine (1896-1904), Paris, Chêne-Musée Guimet, 1989,  216 p.

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