Auguste, Jacques GOUDEAU

(Paris, 1866-Oran, 1950)

Jean-Claude SEGUIN

1

Jean, Joseph Goudeau (1823-Amsterdam, 13/04/1878) épouse (Paris, 5e ancien, 24/10/1857) Madeleine, Léonide Benard (1831-)

2

Fils de fabricant de parapluies, Auguste, Jacques Goudeau est, lui-même fabricant de parapluies au moment de son mariage.

La Société Reulos, Goudeau et Cie et le Mirographe (1900-1902)

C'est au début de l'année 1900 que Lucien Reulos s'associe à Jacques Goudeau pour fonder la société Reulos, Goudeau et Cie :

I
Suivant acte passé devant Me Lindet et l'un de ses collègues notaires à Paris, le huit janvier mil neuf cent, enregistré.
Il a été formé entre:
M. Eugène-Lucien Reulos, négociant, demeurant à Paris, rue Demours nº 9 bis.
M. Auguste Jacques Goudeau, mécanicien, demeurant à Paris, boulevard Saint-Martin, mº 39.
D'une part.
Une Société qui sera en nom collectif à l'egard de MM. Reulos et Goudeau et en commandite simple à l'égard du commanditaire et qui a pour objet l'exploitation des brevets ci-après indiqués, la fabrication, le commerce et la vente d'un nouveau système de cinématographe d'amateur dont la dénomination sera ultérieurement faite et la fabrication et la vente des vues et de tous appareils et accessoires concernant la photographie animée.
La raison et la signature sociales sont:
REULOS GOUDEAU ET CIE
La signature et l'administration son confiées à MM. Reulos et Goudeau et chacun d'eux aura la signature sociale, mais ne pourra en faire usage que pour les besoins de la Société.
Le siège social est à Paris, rue de Bondy, nº 30. Il peut être transporté partout ailleurs, du consentement des associés en nom collectif.
La durée de la Société est de quinze années, à compter du premier janvier mil neuf cent.
Les apports sociaux s'élèvent à une somme totale de cent vingt-deux mille francs, comprenant savoir:
Apport de M. Reulos:
Premièrement. Le brevet français qui lui a été delivré le vingt neuf octobre mil huit cent quatre-vingt-dix-huit sous le nº 282546.
Deuxièmente. le droit d'exploitation des brevets étrangers concernant le nouveau système cinématographique et délivrés par les gouvernements belge, anglais et allemand.
Troisièment. Et le droit d'exploiter le brevet demandé au gouvernement américain pour le même système d'appareils.
Cet apport est fait pour une somme de mille francs, ci... 1.000
Quatrièmement. Et une somme de vingt mille francs avancée par lui pour étude, essais et outillage. ci.... 20.000.
Total vingt et un mille francs ci. 21.000
Apport de M. Goudeau:
Ses connaissances spéciales évaluées à la somme de mille francs, ci.  1000
Le commanditaire apporte la somme de cent mille francs. ci.. 100.000
Ensemble cent vingt-deux mille francs, ci.  122.000.
En cas de perte des trois quarts du capital social la dissolution pourra être provoquée par chacun des associés.
En cas de décès du commanditaire la Société continuera avec les ayants droit de celui-ci.
Le commanditaire ne pourra jamais être tenu pour une somme supérieure à sa commandite.
II
Suivant un autre acte reçu par Me Lindet, les vingt-quatre et vingt-cinq janvier mil neuf cent, le siège de la Société dont il s'agit a été transféré à Paris, cité Rougemont nos 4 et 4 bis à compter du vingt-quatre janvier mil neuf cent.


La Loi, Paris, mardi 30 janvier 1900, p. 100.

Une semaine plus tard le nom “Mirographe” est déposé. En juin 1900, un additif au brevet de 1898 indique ses caractéristiques (US663785A Kinematographic Apparatus). Un acticle publié dans Journal des débats politiques et littéraires permet de comprendre le fonctionnement de l'appareil : 

La dernière invention cinématographique appartient à MM. Reulos et Goudeau. ll est évident que, maintenant, beaucoup d'amateurs ne se contenteront plus de faire des photographies simples. On a voulu des appareils stéréoscopiques; aujourd'hui, on veut des photographies animées. On tient à saisir au vol une scène intéressante et à la conserver éternellement. Avec certains appareils déjà dans le commerce, comme le cinématographe Démény, on peut parfaitement prendre des vues animées et préparer des bandes. Mais l'appareil est encore assez compliqué. MM.Reulos et Goudeau ont cherché à créer un système pratique et à la portée des amateurs. Ils y ont parfaitement réussi. On peut emporter leur Mirographe comme on emporte une grosse jumelle photographique, planter l'instrument sur un pied et revenir chez soi avec une provision de vues et de scènes qui s'animent ensuite à volonté. Les bandes développées, l'appareil devient cinématographe. Il permet de projeter les photographies, et, en même temps, il est en état de les montrer sans projection. L'instrument est donc à plusieurs fins et il possède, de plus, des avantages spéciaux.
Le mirographe est, comme dispositif, absolument nouveau ; ses dimensions sont très réduites : 14 centimètres de haut, 10 de long, 6 de large. Le mirographe proprement dit tient dans la poche. Un petit bâti vertical, des roues dentées, mises en mouvement par une poignée que l'on fait tourner doucement quand on veut prendre une scène. Les roues dentées entraînent la bande qui entre dans un couloir vertical par un bout pour sortir par l'autre. Le joli de l'invention, c'est le mécanisme entraîneur de la bande. Pour prendre les vues ou les projeter ensuite, il faut que la bande soit soumise à un entraînement progressif avec éclipses et expositions successives à la lumière. Or, les roues dentées mues par la manivelle entraînent, d'un mouvement continu un disque qui porte un rebord. Ce rebord n'est pas entièrement circulaire, il se rapproche tout à coup de l'axe de rotation, de sorte que les points de sa circonférence après avoir été à égale distance décentre sur les trois quarts du disque s'en rapprochent pendant un quart de rotation; il y a en un mot sur le même diamètre une différence de 1 centimètre. Cette disposition intéressante a pour effet d'obliger la bande à ne se déplacer en avant pendant la rotation que lorsqu'elle est sortie du rebord circulaire ; pendant un quart de temps, éclipse et progression ; pendant trois quarts, exposition à la lumière et prise de l'image. Les bandes ne sont plus perforées ici, mais portent sur leur bord de petits crans de 1 millimètre de côté. Ses crans sont libres pendant l'entraînement sur le disque ; mais, quand ils s'engagent dans la partie excentrique de ce disque, ils prennent contact et la bande est poussée en avant. Il y a progression.
L'exposition à la lumière est relativement longue et l'éclipse courte, ce qui est avantageux et pour la prise des images et pour leur projection. La substitution des bandes à crans aux bandes trouées laisse plus de place à l'image.
L'entraîneur de mouvement constitue tout le système. Pour photographier, il n'y a plus qu'à déposer dessus et dessous une boîte complètement close. Une bande part de la première boîte pour se rendre dans la seconde vide, où on la recueille impressionnée. On introduit le mirographe dans une chambre noire avec objectif très lumineux et on opère comme avec un appareil ordinaire, en faisant tourner la manivelle.
Pour projeter, on peut ne se servir que d'une lampe à pétrole, le mirographe disposé devant un excellent objectif, et les images, selon la distance, atteignent de 1 mètre à 1  m 90. Les bandes renferment 500 images, ont 6 mètres de long et la durée de la projection est de quarante secondes environ. L'objectif donne net à partir de 2 mètres.
Enfin, en plaçant le mirographe dans une boîte à fort microscope, on peut se passer des projections et voir directement les tableaux animés, comme dans l'ancien kinétoscope.
Cet instrument nouveau nous paraît bon parce qu'il est utilisable pour la projection, même dans de petites pièces ; il donne un carré de projection de 0 m 25 par mètre de recul. La scintillement si gênant dans la plupart des appareils disparaît et il n'y a plus de trépidation En somme, les amateurs en tireront bon parti.


Journal des débats politiques et littéraires, Paris, jeudi 27 décembre 1900, p. 1. 

goudeau 02

reulos mirographe publicite 1901
Mirographe (1900)
© Centre National du Cinéma et de l'Image Animée 
Publicité pour le mirographe (1901)

La société est finalement dissoute le 23 mars 1902.

La Société Goudeau, Leclerc et Cie (1902-1903)

Prenant la suite de la Société Reulos, Goudeau et Cie, la société Goudeau, Leclerc et Cie, sise au 4, cité Rougemont, est créée en 1902. Elle va tenter de se développer à l'étranger. En Espagne, son agent est José Hernández :

CINEMATÓGRAFOS
Coronación de S. M. don Alfonso XIII
Las vistas obtenidas por Mr. Lefebre, ÚNICAS que por su perfección pueden figurar en el salón de exhibiciones públicas más exigente, son desarrolladas por la casa Gondeau [sic] & Leclerc, de París, 4, Cité Rougemont, cuyo único agente para España es D. José Hernández, que actualmente en Sevilla piensa emprender en breve una tournée por el Norte de España para presentar a los señores profesionales la colección completa y recibe pedidos. También tendrá gusto en visitar, a quien lo solicite, de todas las capitales del Norte, con sólo pedírselo por carta antes del 16 del actual, a su nombre José Hernández. Hortaleza, 41, entresuelo.-Madrid.


El liberal, Madrid, sábado 5 de julio de 1902, p. 4.

Cet article suggère que Léo Lefebvre, cinématographiste lié à la maison royale espagnole, est en contact commercial avec la société Goudeau, Leclerc et Cie. L'année suivante, la société s'élargit à un nouvel associé :

Paris.-Modifications.-Société GOUDEAU et LECLERC photographie, cinématographie 4 cité Rougemont.-Adjonction de M Simonetti comme associé en nom collectif dans la Société dont la raison devient GOUDEAU, LECLERC et Cie.-Le capital est augmenté de 10,000 fr.-7 mars 1903.-A.P.


Archives commerciales de la France: journal hebdomadaire, Paris, 21 mars 1903, p. 354.

 goudeau 01
Annuaire des artistes et de l'enseignement dramatique, Paris, E. Risacher, 1903, p. 190.

A partir de novembre 1903, Auguste, Jacques Goudeau entame une collaboration avec Jules Richard avec lequel il signe un brevet : "système d'appareil cinématographique" (Brevet 337.169 du 28 novembre 1903), "système d'appareil cinématographique (19 avril 1904, add. 4767 au brevet antérieur). Jules Richard rachète (janvier 1904) la société. 

Maroc et Algérie ([1907]-1950)

Auguste Goudeau s'installe par la suite en Afrique du Nord, à Oran, où il va couvrir certains évéments comme les événements de Casablanca :

LA FRANCE AU MAROC
Les Événements de Casablanca.-Récit d'un témoin
J'en arrive au combat du 18 août; il a perdu un peu de son actualité, néanmoins je vais essayer d'en reconstituer les phases les plus intéressantes.
[...]
Au camp. — Le cinématographe sur le champ de bataille.
Au camp, la fusillade ne s’interrompait pas un instant et mon ami Goudeau allait d'une tranchée à l’autre, pour enregistrer les phases du combat.
M. Goudeau avait pris pour transporter son appareil un juif marocain, qu'il employait depuis quelques jours. Mais notre homme fut subitement pris d'une peur bleue et aux premières balles, il détala comme un lièvre et se coucha derrière un abri d'où, malgré les supplications les plus pressantes, il fut impossible de le tirer. M. Goudeau dut alors se résoudre à transporter lui-même son lourd appareil sur le terrain dangereux du combat; à chaque déplacement, je l'aidais à porter son appareil ; nous le prenions à deux sur nos épaules et nous déambulions ainsi au pas gymnastique, à travers le camp, au grand étonnement des tirailleurs qui ne pouvaient arriver à comprendre que ce simple appareil puisse reproduire exactement les phases du combat.
M. Goudeau, plus d’une fois, se porta sur les premières lignes ; il le fit le plus simplement du monde et je ne puis hésiter à reproduire les quelques lignes que lui a consacrées dans le Monde Illustré mon confrère de Montarlot :
« Les curieux assemblés, dit-il, qui contempleront curieusement le déroulement der bandes impressionnées, ne se douteront peut-être pas que le digne citoyen qui leur en fera la description entendait les balles siffler à ses oreilles, alors qu'il travaillait à leur divertissement. Je rends hommage à ce brave homme, que je ne connaissais pas avant cette histoire, que je ne rencontrerai peut-être jamais et que j’ai vu à l’œuvre; il s'appelle Goudeau, m'affirme un de mes confrères ; je ne garantis pas l’orthographe, mais j'affirme le fait, il s’est passé sous mes yeux ».
Cet hommage était dû à M. Goudeau ; il n'a rien d’exagéré, mes lecteurs d'Oran pourront s'en convaincre eu constatant, s'ils assistent à une séance du cinématographe, que l'opérateur était assez près de l'ennemi pour avoir pu enregistrer ses évolutions ; on distingue, en effet, sur les crêtes, des cavaliers marocains chargeant comme à la fantasia.
Vers midi, ils étaient obligés de se retirer derrière les crêtes ; ils avaient laissé de nombreux morts sur le terrain. Nos pertes étaient relativement faibles, deux morts et quelques blessés.
L'après-midi, le général Drude réunissait les officiers des différentes troupes et leur faisait part de sa satisfaction de la brillante conduite de chacune d’elles; il félicita particulièrement le capitaine Caud et ses hommes qui avaient été les véritables héros de la journée.
Le lendemain, je quittais Casablanca.
ÉMILE HENAUDIN.


Le Petit Oranais, Oran, 19 septembre 1907, p. 2.

Vers cette époque, Auguste Goudeau est propriétaire du Kursaal Oranais où il projette les films qu'il prend au Maroc :

Le cinématographe au Maroc.-
Nous avons reçu la visite de notre excellent ami M. Goudeau, l'actif et intelligent directeur du Kursaal Oranais, de retour de la frontière marocaine où il est allé cinématographié les divers incidents de ces jours derniers.
M. Goudeau rapporte de Sidi Bou Djemane, de Bab-elAsas, de Martimprey et d'Oudjda des vues très intéressantes qu'il fera défiler dans son coquet établissement.
Nous félicitons M. Goudeau de son initiative; de retour depuis peu de Casablanca il n'a pas hésité à aller sur les lieux mêmes des opérations pour avoir des vues nouvelles et intéressantes.
Ce souci de l'actualité est très digne et les vues qu'il rapporte constituent des documents précieux que tous nos lecteurs voudront admirer.


Le Petit Oranais, Oran, 21 décembre 1907, p. 3.

 Au Kursaal Oranais, Auguste Goudeau continue de présenter les vues qu'il a prises :

Le cinématographe au Maroc.-M. Goudeau, l'intrépide directeur du Kursaal Cinéma, auquel nous devons d'intéressantes vues sur les évènements du Maroc : Casablanca, Oudjda, Beni Snassen, etc., est parti samedi soir pour suivre les phases de l'occupation de Mar Chica par les espagnols.
Il en rapportera certainement des pellicules que tous les oranais voudront voir. Nous félicitons cet impresario consciencieux qui h'hésite devant aucun sacrifice.


Le Petit Oranais, Oran, 18 février 1908, p. 3.

La même année, il dépose un nouveau brevet: Brevet 393.729 du 28 août 1908.

Toujours en Algérie, à Alger, il présente un biographoscop en 1909 :

CASINO MUSIC-HALL.-Tous les soirs, le Biographoscop A. Goudeau. Ses vues algériennes et marocaines. Tous les dimanches, matinée à 2 h 30.


Les nouvelles, Alger, mercredi 9 juin 1909, p. 3.

En 1914, Auguste Goudeau est l'agent à Oran de l'industriel R. Wolf qui produit des "Demi-Fixes et des Locomobiles".

3

4

         
         

Contacts